Barbares et religion chrétienne

         Les autres articles présents sur ce blog étaient consacrés à des thèmes plutôt précis et que nous avons cherché à rendre le plus clair possible en un minimum de lignes. Cependant, celui qui vient après est un thème qui recoupe chaque autre, qui chapote l’ensemble des notions se rapportant aux migrations barbares, puisqu’il est présent partout. Toutefois, nous essaierons d’être aussi clairs et concis que précédemment.

En effet, la religion chrétienne prend une ampleur considérable durant notre période d’étude. En 313, Constantin Ier, face à un christianisme de plus en plus répandu, promulgue l’édit de Milan, instaure la Paix de l’Église et accorde aux Chrétiens la liberté de culte. Le concile de Nicée en 325 fonde alors le dogme de l’Eglise chrétienne.

Représentation du concile de Nicée par Cesare Nebbia

Fig. 1 : Représentation du concile de Nicée par Cesare Nebbia

  En 380, la religion chrétienne devient officiellement la seule religion dans l’Empire romain. Il est maintenant important de s’intéresser aux nouveaux arrivants barbares et à leur rapport à cette religion. Comment s’y adaptent-ils ? y sont-ils obligés ou le demandent-ils ?

Les peuples germaniques ont traditionnellement une religion païenne polythéiste où le destin des hommes était fixé, cette religion est peu connue mais semble proche de la religion nordique au moment des invasions vikings de la fin du Ier millénaire, les similitudes étant particulièrement visibles dans l’iconographie du mobilier anglo-saxon. La religion chrétienne est, elle, une religion monothéiste. C’est une « religion du livre », c’est-à-dire qu’elle est basée sur des textes, divisés en deux grands ensembles : l’ancien testament, ou bible hébraïque, et le nouveau testament, constitué des livres relatifs à la vie de Jésus.

L’envoi de missionnaires dans les territoires extérieurs à l’Empire romain pour convertir les peuples barbares est courant. Le missionnaire de cette période le plus connu est Saint Patrick qui convertit l’Irlande à la foi chrétienne. Pour les peuples barbares germaniques, on connaît d’autres missionnaires. Ainsi chez les Goths, Wulfila, surnommé « évêque des Goths », évangélise une partie de la population créant de nombreux troubles internes. Cependant la religion chrétienne finit par s’imposer.

Bible de Wulfila en langue gothique.

Fig. 2 : Bible de Wulfila en langue gothique.

En partie par l’action de Wulfila, les Goths, et la plupart des peuples barbares, sont ariens. C’est-à-dire qu’il ne suivent pas les dogmes de l’Église chrétienne tels que ceux-ci ont été édictés lors du concile de Nicée de 325. Le dernier roi arien est le souverain Récarède Ier, roi Wisigoth d’Espagne, qui se convertit à la foi de l’Église en 589.

Chez les Francs la conversion de Clovis Ier est un élément déterminant dans l’historiographie. Les souverains précédents sont païens, comme le montre le mobilier de la tombe de Childéric Ier. La présence de ce mobilier montre un non-respect du dogme chrétien qui veut normalement que le défunt soit enterré sans effet personnel. D’après les recherches d’historiens la conversion de Clovis a d’abord un aspect politique.

Baptême de Clovis Ier par Jean Alaux

Fig. 3 : Baptême de Clovis Ier par Jean Alaux

Selon différentes hypothèses, il semble que Clovis Ier se convertit pour avoir l’appui des populations gallo-romaines dans les territoires qu’il contrôle, mais aussi à des fins diplomatiques afin de renforcer ses alliances avec les peuples Burgondes au sud et Bretons à l’Ouest.

Les traces archéologiques de ces conversions sont peu nombreuses et souvent indirectes. Les transformations des coutumes funéraires peuvent être une trace d’acculturation ou de conversion (voir ici). Lorsque cette inhumation est réalisée sans mobilier, il est possible d’émettre l’hypothèse que cela est due à une conversion à la religion chrétienne. Néanmoins cela reste une preuve indirecte. Les recherches doivent donc principalement s’appuyer sur des textes historiques et il s’agit d’un domaine où la recherche archéologique est encore peu développée.

Arthur Denis


Sources :

L’histoire de l’Église : une vision synthétique, La Conversion de Clovis [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://docfox.free.fr/old_renardweb/histoire/catholique/clovis.htm

L’histoire de l’Église : une vision synthétique, « Hérésies sur la Trinité » dans Les premières hérésies [en ligne]. Consulté le 22 avril. URL : http://docfox.free.fr/old_renardweb/histoire/une/heresies.htm#arius

Sciences Humaines, La diffusion du christianisme dans l’Europe barbare [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://www.scienceshumaines.com/la-diffusion-du-christianisme-dans-l-europe-barbare_fr_15121.html

Michel MESLIN, « arianisme » dans Encyclopædia Universalis [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/arianisme/

CLIOHIST, Les royaumes barbares, culture et religion [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://www.cliohist.net/medievale/europe/hmed/cours/chap4.html

Fig. 1 :  Ouverture du Concile de Nicée (325) en présence de l’Empereur Constantin le Grand. Fresque au Vatican (bibliothèque de Sixte Quint), par Cesare Nebbia. [en ligne]. Consulté le 26 avril 2015 « Cesare Nebbia Concile de Nicée (1560) » par Cesare Nebbia — Travail personnel, Gilles MAIRET, 2012-12-17 04:47:07. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons – URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Cesare_Nebbia#/media/File:Cesare_Nebbia_Concile_de_Nic%C3%A9e_%281560%29.jpg

Fig. 2 : Bible de Wulfila en langue gothique. « Wulfila bibel ». [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons – httpcommons.wikimedia.orgwikiFileWulfila_bibel.jpg#mediaFileWulfila_bibel.jpg. URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Wulfila#/media/File:Wulfila_bibel.jpg

Fig. 3 :  Baptême de Clovis Ier par Jean Alaux (1785-1864). Musée des Beaux-Arts de Reims. [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://www.herodote.net/25_decembre_498-evenement-4981225.php

Armes de poing et éléments défensifs

          Chez les peuples « barbares » l’homme se définissait avant tout par son statut de guerrier. C’est la raison pour laquelle l’armement de ces peuples est une grande source d’informations sur leur organisation sociale et leur culture. Cet armement est la conséquence  d’un mélange de tradition et de savoir-faire de différentes régions : Germanie, Empire romain et Europe steppique. Des éléments d’armement d’une grande beauté se propagent au Ve siècle en occident ce qui permet à leur propriétaire de mettre en exergue leur richesse et leur pouvoir.

Nous nous pencherons principalement sur les Francs. L’armement de ce peuple est d’excellente facture et montre une grande maîtrise des techniques du métal. Cependant nous évoquerons d’autres peuples afin de pouvoir comparer ou approfondir certaines idées.

Nous commencerons par l’arme qui servira de symbole au peuple franc : la francisque.

Tête de francisque franque

Fig. 1 : Tête de francisque franque, retrouvée en Ille-et-Vilaine

Certains textes nous la présentent comme une hache à deux tranchants, cependant les fouilles archéologiques nous ont permis de déterminer que la majorité de ces haches présentait un tranchant unique et que les haches à deux tranchants, comme celles retrouvées sur le site de la Bussière-Étable, avaient un rôle plus cultuel et rituel. La francisque était une arme de jet, elle pouvait se lancer à courte portée sans avoir besoin de beaucoup d’amplitude. Elle servait sans doute aussi bien à blesser qu’à alourdir le bouclier et donc à fatiguer les combattants ennemis et ralentir leurs mouvements.

La framée est également une arme courante. Connue depuis longtemps chez les peuples germains comme javelot ou lance allongée, elle possède chez les Francs un fer plus large et plus court. Parfois cette pointe présente une forme caractéristique que l’on qualifie de feuille de saule, cette forme semble plus courante chez les Lombards à la fin de la période étudiées dans ce blog.

Le scramasaxe est une arme connue de tous les peuples germaniques, mais son utilisation est particulièrement répandue chez les Francs d’après le nombre de celles-ci retrouvé dans les tombes franques. Il ne faut cependant pas oublier que les Francs contrairement à d’autres peuples n’hésitaient pas à se faire enterrer avec l’ensemble de leur matériel et il faut donc nuancer ce fait (lire aussi : « Les coutumes funéraires en Gaule du IVe siècle au VIe apr. J.-C. »).

Scramasaxe en fer forgé, retrouvé en Bourgogne

Fig. 2 : Scramasaxe en fer forgé, retrouvé en Bourgogne

Le scramasaxe était un glaive court (entre 30 et 70 cm) à un seul tranchant et sans garde particulière. Les guerriers francs s’en servaient aussi à un usage domestique, néanmoins la physionomie de l’arme est clairement tournée vers la guerre comme le montre les petites rigoles favorisant les hémorragies une fois les chairs pénétrées. Si l’arme est aussi répandue c’est en partie en raison de son ancienneté, ainsi Tacite (Ier-IIe s. apr. J.-C.) l’évoque sous le terme de brevis gladius. Des recherches récentes ont mis en avant des lames à un tranchant très lourdes et sans doute maniées à deux mains, il est néanmoins difficile d’établir pour l’instant si ce sont des scramasaxes particuliers ou des épées de l’époque.

Enfin l’arme la plus importante semble être l’épée. La lame est symétrique, à deux tranchants et à pointe, et permet de frapper de taille ou de pointe. Cette épée peut être aussi bien utilisée par les cavaliers que par les fantassins. Son histoire est ancienne, elle remonte à l’Âge du Bronze, l’épée portée par les peuples barbares présente des caractéristiques similaires à celle des époques de l’Âge du Fer (l’Hallstatt et la Tène dans ces régions). Chez les auxiliaires germaniques, elle se nomme spatha (ou semispatha pour les plus courtes) et est introduite dans les légions romaines avec eux. Les épées ordinaires font entre 4 et 5 cm de large et 75 à 90 cm de long en comprenant la poignée qui fait elle-même entre 8 et 11 cm. Ces épées étaient rangées dans des fourreaux souvent décorés (l’épée de Childéric Ier). Ce fourreau était en bois ou en écorce souple revêtu de cuir. Ces fourreaux pouvaient servir de marqueurs sociaux comme le laisse supposer certaines fouilles à l’image de l’épée trouvée à Altussheim dont le fourreau est recouvert de feuilles d’or. L’épée aura, au cours de la période médiévale, une forte connotation symbolique, le terme « brandir » découlant de brando en italien et désignant les épées longues des Lombards.

Les peuples barbares possédaient également un équipement défensif avancé. L’élément principal étant le bouclier qui leur permettait de recourir à la tactique du mur de bouclier. Le bouclier a également un aspect rituel, son obtention lance la carrière d’un guerrier franc. Ainsi lors des réunions c’est en frappant l’umbo (partie métallique centrale en relief) que l’on donne son approbation et c’est également sur le bouclier que les guerriers sont emmenés une fois morts. Ce bouclier est formé de latte de bois le plus souvent recouvert de cuir, peut-être peint, tandis que l’umbo et la manipule (poignée) sont en fer. La forme du bouclier pouvait être ronde ou elliptique.

Un autre élément défensif important est l’armure. Celle-ci est rarement retrouvée mais semble attestée par les textes pour l’ensemble des peuples. Cette armure peut prendre différente forme. Cependant la forme la plus exceptionnelle reste la cotte de maille. Sa particularité vient de sa rareté jusqu’à la période carolingienne. Elle présente une difficulté technique certaine, étant composée de 35 000 à 40 000 anneaux. Le fait de ne pas les retrouver est dû à leur réutilisation, pour des raisons économiques ou symboliques. On a également la trace de thorax qui est une cuirasse en écailles métalliques. Il était plus rapide et plus facile à réaliser, mais protégeait moins bien, surtout des coups de pointes.

Représentation de barbare portant des armures en mailles sur la colonne trajane à Rome

Fig. 3 : Représentation de Barbares portant des armures en mailles sur la colonne Trajane à Rome

L’origine de la cotte de maille semble être sarmate comme l’indiquent des fragments retrouvés dans des sépultures de ce peuple en Europe de l’Est ou la fresque de Kertch du IIe siècle apr. J.-C.

Enfin les casques barbares seraient, eux aussi, originaires des Sarmates. Ces derniers portaient en effet des casques coniques. Les types de casque sont multiples comme le montrent les différentes trouvailles archéologiques (calotte de Trivières dans le Hainaut, casque de fer damasquiné de Baldenheim, casque de bronze repoussé de Vézeronce). Les archéologues en ont retrouvés assez peu dans les sépultures. On peut alors émettre l’hypothèse que le mobilier rituel devait être le mobilier offensif et le bouclier pour son rôle particulier dans la vie du guerrier comme vu précédemment. Le mobilier défensif ne devait pas être mis en avant au moment du décès de son propriétaire.

Arthur Denis


Sources :

COUMERT Magali et DUMEZIL Bruno, Les royaumes barbares en occident [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://books.openedition.org/editionsehess/277?lang=fr

LOMBARD Maurice, Les grandes invasions et l’évolution des métallurgies (ve-viie siecles) [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.cairn.info.ezproxy.univ-paris1.fr/feuilleter.php?ID_ARTICLE=PUF_COUME_2014_01_0062

Publié par Lutece, L’installation des Francs en Gaule [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.e-stoire.net/article-30323283.html

Lucien MUSSET, « FRANCS  », Encyclopædia Universalis [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/francs/

Fig. 1 :  Francisque du Vè-VIIè siècle sans douille. [en ligne]. Consulté le 7 avril 2015. URL :http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=TOUT&VALUE_98=francisque&NUMBER=156&GRP=0&REQ=%28%28francisque%29%20%3aTOUT%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=5&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=200&DOM=All

Fig. 2 : Scramasaxe de type proche du « Schmalsax » du VIè siècle.  [en ligne]. Consulté le 7 avril 2015. URL :http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=TOUT&VALUE_98=francisque&NUMBER=156&GRP=0&REQ=%28%28francisque%29%20%3aTOUT%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=5&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=200&DOM=All

Fig. 3 : Relief de la colonne trajane représentant  un affrontement entre la cavalerie romaine et des cavaliers sarmates. [en ligne]. Consulté le 7 avril 2015. URL : « Colonne trajane 1-29 » par Cassius Ahenobarbus — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons – URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Reliefs_de_la_colonne_Trajane#/media/File:Colonne_trajane_1-29.jpg

Des « invasions » aux « migrations », l’évolution vue au travers de représentations picturales

       Éloignons nous quelque peu du domaine archéologique, pour nous ouvrir sur une autre vision des migrations barbares, celle de l’art. Cet article aura en fait pour but de retracer l’évolution et les différentes visions des mouvements de populations barbares, au travers d’exemples picturaux. L’expression « Les Grandes Invasions » est encore couramment utilisée à l’oral comme à l’écrit, cependant la communauté scientifique tend à corriger cette vision à sens unique, fermée et qui apparait comme dépassée aux vues des recherches et connaissances actuelles, avec l’utilisation d’un terme moins connoté, les migrations. Il permet d’ouvrir sur plusieurs explications aux arrivées barbares dans l’Empire romain sans qu’elles ne soient obligatoirement dues à un désir de conquête guerrière.

© Eugène Delacroix (1847), Détail Attila suivi de ses hordes barbares foule aux pieds l’Italie et les Arts

© Eugène Delacroix (1847). Détail : Attila suivi de ses hordes barbares foule aux pieds l’Italie et les Arts

L’arrivée des Huns depuis l’est et les plaines asiatiques force  les peuples germaniques à se déplacer vers le limes de l’Empire. Au cours du IIIe et au IVe siècle, il devient courant que des populations barbares soient installées dans les provinces romaines. Certaines sont d’ailleurs fédérées et peuvent servir au sein de l’armée romaine, c’est le cas pour les Wisigoths ou les Francs dans les provinces gauloises. Ces arrivées ne ressemblent pas véritablement à ce que pourrait définir le terme « invasions », mais plutôt à de simples migrations de peuples contraints pour différentes raisons à quitter leur terre, pour s’installer ailleurs. D’autre part, on voit des peuples pénétrer dans l’Empire romain pour piller ses richesses par raids au IIIe siècle, mais ils ne s’installent pas sur les lieux et retournent généralement sur leurs terres. Enfin, on voit tout de même au cours du Ve siècle ce qui pourrait s’apparenter à la définition d’invasion, avec les différents sacs de Rome en 410 et en 455 par les Wisigoths d’Alaric Ier, puis les Vandales de Genséric, même si, là encore ils quittent l’Urbs par la suite et procèdent à des « sacs respectueux ».

La distinction que nous venons d’énoncer est assez ancienne du côté oriental du Rhin. En effet, quand les historiens et archéologues romanophones utilisaient encore l’expression des « Grandes Invasions » en bon héritier des auteurs antiques chrétiens, ceux germanophones préféraient celle de « migration barbares », Völkerwanderung. Et il est intéressant d’observer l’évolution de la représentation picturale des migrations barbares au sein de la partie romanophone.

© La invasion de los barbaros, Ulpiano Checa, 1887

© La invasion de los barbaros, Ulpiano Checa, 1887

Ulpiano Checa (1860-1916) est un peintre et graveur espagnol. Considéré comme un précurseur de l’impressionnisme, Checa est un maître de la représentation équine. Grand voyageur il nous laisse plus de 250 œuvres dont une qui nous intéresse particulièrement, La invasión de los bárbaros réalisée en 1887. Héritier de la pensée latine son tableau montre une arrivée violente de Barbares à chevaux et armés dans une ville romaine matérialisée par la représentation d’un temple romain classique. La technique et les couleurs utilisées augmentent l’impression de chaos qui illustrait au mieux la conception qu’avait les occidentaux des arrivées barbares jusqu’à la fin du XXe siècle. On trouve une certaine quantité de toiles de peintres français, italiens ou espagnols avec ces idées de destructions violentes à l’arrivée des peuples germaniques par exemple Invasions barbares de Théodore Chassériau, grand peintre français dont les maitres étaient Théophile Gautier et Eugène Delacroix .

La traversée du Rhin par les barbares © Dessin de Histoire de France en BD de Larousse

La traversée du Rhin par les barbares
© Dessin de Histoire de France en BD de Larousse

Cependant la représentation picturale des migrations va se modifier au sein de l’« ouest romain », cette évolution est visible avec le dessin tiré d’ « Histoire de France en BD » publié par Larousse. On voit véritablement l’illustration d’une migration d’un peuple, avec la représentation de Germains traversant le Rhin complètement durant l’hiver 406. Le fleuve étant gelé, les passages vers l’intérieur de l’Empire étaient plus nombreux ce qui a facilité les migrations. De plus, la rigourosité de l’hiver est d’ailleurs entendue comme une des raisons des mouvements des populations germaniques.

Les représentations germaniques des migrations barbares ne sont pas très nombreuses, il est donc compliqué d’étudier la vision artistique des peintres transrhénans sur cet épisode. Cependant, l’idée de Völkerwanderung a été intégrée par la plupart des historiens et archéologues d’aujourd’hui, germanophones ou non.

Paul Bacoup


Sources :

BLOEME Jacques, Les migrations germaniques (alias les invasions barbares) : les ostiques et les westiques [en ligne]. Consulté le 25 février 2015. URL : http://www.jacquesbloeme.fr/les-invasions-barbares.html

Cap Concours : réviser, s’évaluer, réussir, Les migrations barbares [en ligne]. Mis à jour en février 2015. Consulté le 25 février 2015. URL : http://www.cap-concours.fr/enseignement/preparer-les-concours/crpe-nouveau-concours/les-migrations-barbares-mas_his_08

Slideshare (2007), La fin de l’Antiquité [en ligne]. Consulté le 25 février 2015. URL : http://fr.slideshare.net/origene/la-fin-de-lantiquit

Les coutumes funéraires en Gaule du IVe siècle au VIe apr. J.-C.

       L’archéologie funéraire travaille dans deux domaines lorsqu’il s’agit d’identifier les groupes ethniques étudiés, dans un premier temps en anthropologie physique ou biologique, c’est-à-dire les caractères morphologiques des os et tout ce qui peut y être lié (alimentation, combat, …), et dans un second temps sur les pratiques funéraires, soit le mobilier et les caractéristiques des tombes. Les arrivées massives de populations germaniques au cours des IVe et Ve siècles ont entrainé des modifications des coutumes funéraires romaines présentes dans toute la Gaule depuis la conquête dans les années 50 av. J.-C. par Jules César. Aux IVe et Ve siècles la Loire est la limite entre une zone septentrionale plutôt francisée et le royaume wisigoth, avec des coutumes funéraires assez caractéristiques au nord et d’autres moins expressives au sud. Ensuite, avec les années charnières des Ve-VIe siècles, on assiste à l’expansion maximale franque et la prise du royaume wisigoth d’Aquitaine par Clovis et les Francs. La Gaule est donc majoritairement franque.

Sépulture masculine aristocratique mérovingienne à Saint-Dizier (Haute-Marne), milieu VIe siècle © L. de Cargoüet/Inrap

Fig. 1 : Sépulture masculine aristocratique mérovingienne à Saint-Dizier (Haute-Marne), milieu VIe siècle
© L. de Cargoüet/Inrap

Durant le IVe siècle, les troupes barbares au service de l’armée romaine sont identifiables par le dépôt d’équipements militaires au sein de leurs sépultures. Cet équipement est certes généralement de facture romaine, mais les soldats romains n’avaient pas pour habitude de déposer du matériel dans leurs tombes. De plus, les femmes barbares sont inhumées avec leurs époux et avec leurs éléments de parure caractéristiques de leur appartenance ethniques. Cependant, les femmes franques se vêtissent à la mode romaine dès le début du Ve siècle. Ce sont les sépultures masculines et l’intérêt important que les hommes portaient à être inhumés en arme – en référence au statut d’homme libre – qui nous permettent d’identifier plus facilement les Francs. Le cimetière de la Gravette à L’Isle-Jourdain dans le Gers est une découverte importante montrant la présence de Francs dans la région de Toulouse, liée à la conquête de l’Aquitaine, avec des tombes très caractéristiques et la présence d’armes assez nombreuses. Les tombes en arme ont, de plus, une importance particulière puisqu’elles semblent être un indicateur du statut social, suivant le type d’arme et le nombre (épée, angon, casque, cheval, …). Dans les difficultés de l’archéologie funéraire apparait l’attribution de ce mobilier militaire à une population, en reprenant l’exemple d’Anne Nissen-Jaubert, bien que la francisque soit particulièrement liée aux Francs, une sépulture masculine à Vron dans le Pas-de-Calais renferme et une francisque et une poterie de type saxon, ne permettant pas une identification précise du défunt. Ces tombes en arme sont très fréquentes dans les territoires  francs ou saxons, on ne les connait cependant pas beaucoup chez les Wisigoths.

Reconstitution du costume de Childéric Ier  d'après P.Perrin et M.Kazanski

Fig. 2 : Reconstitution du costume de Childéric Ier d’après P.Perrin et M.Kazanski

L’arrivée de Childéric Ier et des Francs a également influencée autrement les coutumes funéraires de la partie septentrionale de la Gaule. Dès 450 apr. J.-C., on voit en effet les premières occurrences d’inhumations habillées. Avec les populations franques, apparait aussi un changement d’organisation des zones funéraires, on trouve alors des « cimetières en rangées » (A. Nissen-Jaubert, 2007) très bien illustrés par le site de Frénouville dans le Calvados, avec la réorientation des tombes sur des axes est-ouest et disposées en véritables rangées. Selon Anne Nissen-Jaubert toujours, cette nouvelle organisation est le fruit d’« influences culturelles réciproques entre des populations gallo-romaines et franques », puisqu’en Germanie l’incinération prédominait.

En ce qui concerne les Wisigoths et les Burgondes, ce sont généralement les sépultures féminines qui apportent des indications sur la présence de ces peuples avec la préservation du costume traditionnel danubien (voir article « Les éléments de parure wisigoths en Hispania aux Ve et VIe siècles ») ou avec la déformation crânienne caractéristique des peuples orientaux, en effet les hommes auraient rapidement adopté la mode vestimentaire romaine. Cependant, dans le royaume wisigoth, au sud de la Loire, les coutumes funéraires restent très pauvres, on trouve très peu de mobilier sur tout la période du Ve siècle au sein des sépultures, mises à part quelques fibules en arbalète et des peignes en os. Selon Michel Kazanski, l’inhumation habillée n’était en aucun cas pratiquée par les Wisigoths

La fin du Ve siècle voit l’expansion maximale du royaume wisigoth avant leur défaite face au Francs de Clovis en 507 dans les plaines de Vouillé. Cette période de troubles suscite des difficultés à attribuer le mobilier funéraire (de plus en plus nombreux) à une population particulière. Au cours du VIe siècle, l’inhumation habillée est pratiquée par tous (Francs ou non) dans toute la Gaule, rendant encore plus problématique les attributions culturelles de certaines sépulture. Cette pratique se généralise par les contacts entre les Francs et des Wisigoths durant la conquête, ensuite entre l’Hispania et la Gaule. Ces contacts sont d’autant plus visibles que des éléments du costume féminin wisigothique sont retrouvés en Gaule septentrionale. Cependant les modalités et les contextes de ces contacts restent encore très débattus et aucune thèse ne semble réellement faire l’unanimité au sein de la communauté scientifique.

Sépulture de cheval à Saint-Didier, VIe siècle, située non loin de celle d'un mérovingien Image tirée de : http://philippelopes.free.fr/TombesBarbares.htm#IA

Fig. 3 : Sépulture de cheval à Saint-Didier, VIe siècle, située non loin de celle d’un mérovingien

Moins fréquemment, on retrouve sur le sol de la Gaule durant notre période des tombes saxonnes, à Hordain en partie septentrionale par exemple, avec des coutumes propres comme l’incinération ou des tombes de chevaux. Ou encore des sépultures de Vandales (Toulouse) ou de Burgondes (Savoie).

Les migrations barbares et l’acculturation des nouveaux arrivants et des Gallo-romains ont entrainé des changements importants quant aux coutumes funéraires présentes jusqu’alors en Gaule. Selon les peuples, le sexe des individus entraine l’identification ou non de l’ethnie à laquelle le défunt appartenait. L’archéologie funéraire a aussi apporté des précisions sur les vêtements et armes portés et utilisés par les différents peuples, tout en prenant en compte les difficultés d’attribution des sépultures en fonction du matériel archéologique retrouvée en fouille. Les contacts et les échanges peuvent parfois induire en erreur les jugements et analyses qui sont continuellement remis en question, pour obtenir des résultats aux plus proches de la réalité historique. En Gaule, l’évolution des coutumes funéraires est très liée à celle du peuple franc, ses tombes en arme, ses inhumations habillées et ses cimetières orientés et en rangées. A la fin de notre période, on ne parle d’ailleurs plus de la Gaule, mais du Royaume des Francs.

Paul Bacoup


       Sources :

NISSEN-JAUBERT Anne (2007), « Migrations et invasions de l’Antiquité tardive à la fin du premier millénaire : affichages identitaires, intégration et transformations sociales », Archéopages [en ligne], 18, pp. 26-37. Mis en ligne le 06 décembre 2010. Consulté le 24 février 2015. URL : http://www.inrap.fr/userdata/c_bloc_file/6/6893/6893_fichier_dossier18-nissen-jaubert.pdf

STUTZ Françoise (2000), « L’inhumation habillée à l’époque mérovingienne au sud de la Loire », Mémoires de la société archéologique du midi en France [en ligne], 60, pp. 33-47. Consulté le 23 février 2015. URL : http://www.societes-savantes-toulouse.asso.fr/samf/memoires/t_60/33-47FST.PDF

            Clio et Calliope, Archéologie et rites funéraires [en ligne]. Consulté le 23 février 2015. URL : http://www.clioetcalliope.com/medieval/rite/rite.htm

Fig. 1 : INRAP (2012), Découverte de tombes aristocratiques mérovingiennes à Saint-Dizier (Haute-Marne) [en ligne]. Consulté le 5 mars 2015. URL : http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Actualites/Communiques-de-presse/p-97-Decouverte-de-tombes-aristocratiques-merovingiennes-a-Saint-Dizier-Haute-Marne-.htm

Fig. 3 : Philippe Lopes,Tombes Barbares (Saint-Dizier, France) [en ligne]. Consulté le 5 mars 2015. URL : http://philippelopes.free.fr/TombesBarbares.htm#IA