Barbares et religion chrétienne

         Les autres articles présents sur ce blog étaient consacrés à des thèmes plutôt précis et que nous avons cherché à rendre le plus clair possible en un minimum de lignes. Cependant, celui qui vient après est un thème qui recoupe chaque autre, qui chapote l’ensemble des notions se rapportant aux migrations barbares, puisqu’il est présent partout. Toutefois, nous essaierons d’être aussi clairs et concis que précédemment.

En effet, la religion chrétienne prend une ampleur considérable durant notre période d’étude. En 313, Constantin Ier, face à un christianisme de plus en plus répandu, promulgue l’édit de Milan, instaure la Paix de l’Église et accorde aux Chrétiens la liberté de culte. Le concile de Nicée en 325 fonde alors le dogme de l’Eglise chrétienne.

Représentation du concile de Nicée par Cesare Nebbia

Fig. 1 : Représentation du concile de Nicée par Cesare Nebbia

  En 380, la religion chrétienne devient officiellement la seule religion dans l’Empire romain. Il est maintenant important de s’intéresser aux nouveaux arrivants barbares et à leur rapport à cette religion. Comment s’y adaptent-ils ? y sont-ils obligés ou le demandent-ils ?

Les peuples germaniques ont traditionnellement une religion païenne polythéiste où le destin des hommes était fixé, cette religion est peu connue mais semble proche de la religion nordique au moment des invasions vikings de la fin du Ier millénaire, les similitudes étant particulièrement visibles dans l’iconographie du mobilier anglo-saxon. La religion chrétienne est, elle, une religion monothéiste. C’est une « religion du livre », c’est-à-dire qu’elle est basée sur des textes, divisés en deux grands ensembles : l’ancien testament, ou bible hébraïque, et le nouveau testament, constitué des livres relatifs à la vie de Jésus.

L’envoi de missionnaires dans les territoires extérieurs à l’Empire romain pour convertir les peuples barbares est courant. Le missionnaire de cette période le plus connu est Saint Patrick qui convertit l’Irlande à la foi chrétienne. Pour les peuples barbares germaniques, on connaît d’autres missionnaires. Ainsi chez les Goths, Wulfila, surnommé « évêque des Goths », évangélise une partie de la population créant de nombreux troubles internes. Cependant la religion chrétienne finit par s’imposer.

Bible de Wulfila en langue gothique.

Fig. 2 : Bible de Wulfila en langue gothique.

En partie par l’action de Wulfila, les Goths, et la plupart des peuples barbares, sont ariens. C’est-à-dire qu’il ne suivent pas les dogmes de l’Église chrétienne tels que ceux-ci ont été édictés lors du concile de Nicée de 325. Le dernier roi arien est le souverain Récarède Ier, roi Wisigoth d’Espagne, qui se convertit à la foi de l’Église en 589.

Chez les Francs la conversion de Clovis Ier est un élément déterminant dans l’historiographie. Les souverains précédents sont païens, comme le montre le mobilier de la tombe de Childéric Ier. La présence de ce mobilier montre un non-respect du dogme chrétien qui veut normalement que le défunt soit enterré sans effet personnel. D’après les recherches d’historiens la conversion de Clovis a d’abord un aspect politique.

Baptême de Clovis Ier par Jean Alaux

Fig. 3 : Baptême de Clovis Ier par Jean Alaux

Selon différentes hypothèses, il semble que Clovis Ier se convertit pour avoir l’appui des populations gallo-romaines dans les territoires qu’il contrôle, mais aussi à des fins diplomatiques afin de renforcer ses alliances avec les peuples Burgondes au sud et Bretons à l’Ouest.

Les traces archéologiques de ces conversions sont peu nombreuses et souvent indirectes. Les transformations des coutumes funéraires peuvent être une trace d’acculturation ou de conversion (voir ici). Lorsque cette inhumation est réalisée sans mobilier, il est possible d’émettre l’hypothèse que cela est due à une conversion à la religion chrétienne. Néanmoins cela reste une preuve indirecte. Les recherches doivent donc principalement s’appuyer sur des textes historiques et il s’agit d’un domaine où la recherche archéologique est encore peu développée.

Arthur Denis


Sources :

L’histoire de l’Église : une vision synthétique, La Conversion de Clovis [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://docfox.free.fr/old_renardweb/histoire/catholique/clovis.htm

L’histoire de l’Église : une vision synthétique, « Hérésies sur la Trinité » dans Les premières hérésies [en ligne]. Consulté le 22 avril. URL : http://docfox.free.fr/old_renardweb/histoire/une/heresies.htm#arius

Sciences Humaines, La diffusion du christianisme dans l’Europe barbare [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://www.scienceshumaines.com/la-diffusion-du-christianisme-dans-l-europe-barbare_fr_15121.html

Michel MESLIN, « arianisme » dans Encyclopædia Universalis [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/arianisme/

CLIOHIST, Les royaumes barbares, culture et religion [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://www.cliohist.net/medievale/europe/hmed/cours/chap4.html

Fig. 1 :  Ouverture du Concile de Nicée (325) en présence de l’Empereur Constantin le Grand. Fresque au Vatican (bibliothèque de Sixte Quint), par Cesare Nebbia. [en ligne]. Consulté le 26 avril 2015 « Cesare Nebbia Concile de Nicée (1560) » par Cesare Nebbia — Travail personnel, Gilles MAIRET, 2012-12-17 04:47:07. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons – URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Cesare_Nebbia#/media/File:Cesare_Nebbia_Concile_de_Nic%C3%A9e_%281560%29.jpg

Fig. 2 : Bible de Wulfila en langue gothique. « Wulfila bibel ». [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons – httpcommons.wikimedia.orgwikiFileWulfila_bibel.jpg#mediaFileWulfila_bibel.jpg. URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Wulfila#/media/File:Wulfila_bibel.jpg

Fig. 3 :  Baptême de Clovis Ier par Jean Alaux (1785-1864). Musée des Beaux-Arts de Reims. [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://www.herodote.net/25_decembre_498-evenement-4981225.php

La tombe de Childéric Ier : un Franc romain

       Childéric Ier, roi des Francs Saliens de 457 à 481 apr. J.-C., successeur de Mérovée et père de Clovis Ier, est considéré comme l’un des premiers rois mérovingiens. Fédérés par l’Empire romain, les Francs Saliens résident en Belgique Seconde, dans le nord-ouest de la Gaule, avec pour chef-lieu la ville de Tournai. Après avoir été exilé en Thuringe quelques temps, Childéric Ier est rétabli en 463 et en tant que gouverneur de la Belgique Seconde pour l’Empire, il prit part à différentes batailles pour le compte de l’armée romaine face aux Wisigoths à la bataille d’Orléans en 463 par exemple, mais aussi contre les Burgondes ou encore les Saxons à Angers en 469. Une fois l’Empire romain d’Occident tombé en 476, il reste fidèle à Odoacre, reconnu par l’empereur d’Orient Zénon comme roi d’Italie et des provinces de l’Occident. Pour prouver sa fidélité, il vainc les Alamans en Italie du Nord. La date de sa mort n’est pas réellement connue, on la situe entre 477 et 484, la date communément retenue restant 481. Sa tombe a été découverte à Tournai en 1653.

Fig. 1 : Objets d’orfèvrerie retrouvé dans la tombe de Childéric. Planche de Jean-Jacques Chifflet.

La tombe de Childéric Ier a été découverte fortuitement en 1653 à Tournai lors de la reconstruction d’un hospice au pied de l’église Saint-Brice. Un ouvrier mit au jour un véritable trésor dont le chanoine Jean-Jacques Chifflet publia en 1655 les premiers résultats dans Résurrection du roi des Francs Childéric Ier. La tombe subit des pillages dès sa découverte. Louis XIV reçu en 1665 de l’empereur Léopold une partie importante des objets trouvés qu’il entreposa au Cabinet des médailles de la Bibliothèque royale. En 1831, pratiquement tout est volé pour être fondu, faisant de l’ouvrage de Chifflet une référence inestimable. Parmi les objets retrouvés, les plus importants sont l’épée d’apparat, des bijoux d’or et d’émail cloisonné avec des grenats, une tête de taureau en or, des abeilles en or et un anneau sigillaire. Mais ce qui est intéressant d’analyser, est le mélange des coutumes funéraires germaniques et de celles romaines, présentant le défunt comme un Franc Romain.

Les recherches successives ont mis au jour la tombe de Childéric dans son ensemble. Et les traditions germaniques sont importantes. Tout d’abord la tombe se situait sous un tumulus d’une vingtaine de mètre de diamètre. On a trouvé autour trois fosses contenant au total vingt-et-un chevaux, ce qui était assez courant dans les traditions germaniques (même si ce chiffre reste élevé par rapport à la moyenne de deux ou trois chevaux).

Reconstitution du costume de Childéric Ier  d'après P.Perrin et M.Kazanski

Fig. 2 : Reconstitution du costume de Childéric Ier d’après P.Perrin et M.Kazanski

Accompagnant le roi, on a retrouvé une tête de cheval avec son harnachement richement décoré, qu’on attribue à la mouture personnelle de Childéric, symbole de puissance chez certains peuples germaniques. Comme le veulent les coutumes franques, la tombe de Childéric est une inhumation habillée, il a été enterré avec un manteau rouge en soie brodé d’abeille d’or (le paludamentum), son épée embellie d’or et de grenats (mode hunnique) et une multitude de bijoux. De plus, ont été déposée aux côtés du défunt sa francisque et sa framée, montrant son appartenance ethniques et son haut statut social. Pour compléter ce panel d’arme, un scramasaxe a été aussi déposé. Enfin, le bracelet torse parachève les éléments principaux retrouvés dans la tombe et qui montrent l’appartenance de Childéric au peuple franc.

Extrait d'une planche de dessins tiré de

Fig. 3 : Extrait d’une planche de dessins tiré de : Bernard de Montfaucon, Les monuments de la monarchie française, vol. 1

C’est cette dernière arme qui permet une transition toute faite vers les coutumes romaines liées à la tombe de Childéric Ier. En effet, la facture de l’arme rappelle énormément les scramasaxes fabriqués à Constantinople et offerts aux chefs barbares. On trouve de même pour compléter cette relation avec Constantinople et l’Empire, une centaine de pièces d’or principalement frappées sous Zénon. Enfin, une fibule cruciforme en or vient remémorer une dernière fois que Childéric détient son pouvoir par l’Empire. L’objet qui est peut-être le plus explicite reste l’anneau sigillaire en or massif sur lequel est inscrit CHILDERICI REGIS, « du roi Childéric », montre que le défunt apposait son nom sur des documents officiels en latin en tant que roi d’un peuple fédéré par les romains. C’est aussi grâce à cette bague qu’on a pu identifier rapidement le défunt. Ensuite, ses habits mettent en avant son statut de général romain, avec une cuirasse et son paludamentum qui est aujourd’hui bien connu dans les différentes représentations de généraux militaires romains. Dans un dernier temps, c’est l’emplacement de la tombe qui est intéressant. D’une part, l’inhumation n’est pas la tradition transrhénane prédominante, mais une accoutumance à la coutume romaine de la part de Francs. D’autre part, la sépulture est en bordure de voie et en périphérie de l’agglomération de Tournai, à l’image de la tradition romaine qui veut une séparation du monde des vivants, à l’intérieur de la ville, et celui de morts, à l’extérieur.

Les éléments de cette sépulture retrouvée par hasard près de l’église Saint-Brice de Tournai ont amélioré considérablement nos connaissances sur le roi Childéric Ier, père de Clovis Ier, Franc et général romain.

Paul Bacoup


Sources :

Universalis, « CHILDÉRIC Ier (436 env.-481) roi des Francs Saliens (457-481) », Encyclopædia Universalis [en ligne]. Consulté le 2 mars 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/childeric-ier/

La France pittoresque (2010), Childéric Ier (né vers 436, mort en 481) (Roi des Francs Saliens : règne 457-481) [en ligne]. Consulté le 2 mars 2015. URL : http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article2271

Tombes et sépultures dans les cimetières et autres lieux (2012), Childéric Ier [en ligne]. Consulté le 2 mars 2015. URL : http://www.tombes-sepultures.com/crbst_1290.html

Thucydide (2013), La tombe de Childéric [en ligne]. Consulté le 3 mars 2015. URL : https://blogthucydide.wordpress.com/2013/08/08/la-tombe-de-childeric/

LENFANT Pierre-Emmanuel (2011), « Le Roi est mort… Vive le Roi », archeologia.be [en ligne]. Consulté le 3 mars 2015. URL : http://www.archeologia.be/Tournai_2011_12_Expo-Childeric.html

Fig. 1 : Bibliographie Mérovingienne, Tournai (Hainaut, Belgique), sépulture de Childéric [en ligne]. Consulté le 6 mars 2015. URL :http://bibliomero.blogspot.fr/2014/10/tournai-hainaut-belgique-sepulture-de.html