Armes de poing et éléments défensifs

          Chez les peuples « barbares » l’homme se définissait avant tout par son statut de guerrier. C’est la raison pour laquelle l’armement de ces peuples est une grande source d’informations sur leur organisation sociale et leur culture. Cet armement est la conséquence  d’un mélange de tradition et de savoir-faire de différentes régions : Germanie, Empire romain et Europe steppique. Des éléments d’armement d’une grande beauté se propagent au Ve siècle en occident ce qui permet à leur propriétaire de mettre en exergue leur richesse et leur pouvoir.

Nous nous pencherons principalement sur les Francs. L’armement de ce peuple est d’excellente facture et montre une grande maîtrise des techniques du métal. Cependant nous évoquerons d’autres peuples afin de pouvoir comparer ou approfondir certaines idées.

Nous commencerons par l’arme qui servira de symbole au peuple franc : la francisque.

Tête de francisque franque

Fig. 1 : Tête de francisque franque, retrouvée en Ille-et-Vilaine

Certains textes nous la présentent comme une hache à deux tranchants, cependant les fouilles archéologiques nous ont permis de déterminer que la majorité de ces haches présentait un tranchant unique et que les haches à deux tranchants, comme celles retrouvées sur le site de la Bussière-Étable, avaient un rôle plus cultuel et rituel. La francisque était une arme de jet, elle pouvait se lancer à courte portée sans avoir besoin de beaucoup d’amplitude. Elle servait sans doute aussi bien à blesser qu’à alourdir le bouclier et donc à fatiguer les combattants ennemis et ralentir leurs mouvements.

La framée est également une arme courante. Connue depuis longtemps chez les peuples germains comme javelot ou lance allongée, elle possède chez les Francs un fer plus large et plus court. Parfois cette pointe présente une forme caractéristique que l’on qualifie de feuille de saule, cette forme semble plus courante chez les Lombards à la fin de la période étudiées dans ce blog.

Le scramasaxe est une arme connue de tous les peuples germaniques, mais son utilisation est particulièrement répandue chez les Francs d’après le nombre de celles-ci retrouvé dans les tombes franques. Il ne faut cependant pas oublier que les Francs contrairement à d’autres peuples n’hésitaient pas à se faire enterrer avec l’ensemble de leur matériel et il faut donc nuancer ce fait (lire aussi : « Les coutumes funéraires en Gaule du IVe siècle au VIe apr. J.-C. »).

Scramasaxe en fer forgé, retrouvé en Bourgogne

Fig. 2 : Scramasaxe en fer forgé, retrouvé en Bourgogne

Le scramasaxe était un glaive court (entre 30 et 70 cm) à un seul tranchant et sans garde particulière. Les guerriers francs s’en servaient aussi à un usage domestique, néanmoins la physionomie de l’arme est clairement tournée vers la guerre comme le montre les petites rigoles favorisant les hémorragies une fois les chairs pénétrées. Si l’arme est aussi répandue c’est en partie en raison de son ancienneté, ainsi Tacite (Ier-IIe s. apr. J.-C.) l’évoque sous le terme de brevis gladius. Des recherches récentes ont mis en avant des lames à un tranchant très lourdes et sans doute maniées à deux mains, il est néanmoins difficile d’établir pour l’instant si ce sont des scramasaxes particuliers ou des épées de l’époque.

Enfin l’arme la plus importante semble être l’épée. La lame est symétrique, à deux tranchants et à pointe, et permet de frapper de taille ou de pointe. Cette épée peut être aussi bien utilisée par les cavaliers que par les fantassins. Son histoire est ancienne, elle remonte à l’Âge du Bronze, l’épée portée par les peuples barbares présente des caractéristiques similaires à celle des époques de l’Âge du Fer (l’Hallstatt et la Tène dans ces régions). Chez les auxiliaires germaniques, elle se nomme spatha (ou semispatha pour les plus courtes) et est introduite dans les légions romaines avec eux. Les épées ordinaires font entre 4 et 5 cm de large et 75 à 90 cm de long en comprenant la poignée qui fait elle-même entre 8 et 11 cm. Ces épées étaient rangées dans des fourreaux souvent décorés (l’épée de Childéric Ier). Ce fourreau était en bois ou en écorce souple revêtu de cuir. Ces fourreaux pouvaient servir de marqueurs sociaux comme le laisse supposer certaines fouilles à l’image de l’épée trouvée à Altussheim dont le fourreau est recouvert de feuilles d’or. L’épée aura, au cours de la période médiévale, une forte connotation symbolique, le terme « brandir » découlant de brando en italien et désignant les épées longues des Lombards.

Les peuples barbares possédaient également un équipement défensif avancé. L’élément principal étant le bouclier qui leur permettait de recourir à la tactique du mur de bouclier. Le bouclier a également un aspect rituel, son obtention lance la carrière d’un guerrier franc. Ainsi lors des réunions c’est en frappant l’umbo (partie métallique centrale en relief) que l’on donne son approbation et c’est également sur le bouclier que les guerriers sont emmenés une fois morts. Ce bouclier est formé de latte de bois le plus souvent recouvert de cuir, peut-être peint, tandis que l’umbo et la manipule (poignée) sont en fer. La forme du bouclier pouvait être ronde ou elliptique.

Un autre élément défensif important est l’armure. Celle-ci est rarement retrouvée mais semble attestée par les textes pour l’ensemble des peuples. Cette armure peut prendre différente forme. Cependant la forme la plus exceptionnelle reste la cotte de maille. Sa particularité vient de sa rareté jusqu’à la période carolingienne. Elle présente une difficulté technique certaine, étant composée de 35 000 à 40 000 anneaux. Le fait de ne pas les retrouver est dû à leur réutilisation, pour des raisons économiques ou symboliques. On a également la trace de thorax qui est une cuirasse en écailles métalliques. Il était plus rapide et plus facile à réaliser, mais protégeait moins bien, surtout des coups de pointes.

Représentation de barbare portant des armures en mailles sur la colonne trajane à Rome

Fig. 3 : Représentation de Barbares portant des armures en mailles sur la colonne Trajane à Rome

L’origine de la cotte de maille semble être sarmate comme l’indiquent des fragments retrouvés dans des sépultures de ce peuple en Europe de l’Est ou la fresque de Kertch du IIe siècle apr. J.-C.

Enfin les casques barbares seraient, eux aussi, originaires des Sarmates. Ces derniers portaient en effet des casques coniques. Les types de casque sont multiples comme le montrent les différentes trouvailles archéologiques (calotte de Trivières dans le Hainaut, casque de fer damasquiné de Baldenheim, casque de bronze repoussé de Vézeronce). Les archéologues en ont retrouvés assez peu dans les sépultures. On peut alors émettre l’hypothèse que le mobilier rituel devait être le mobilier offensif et le bouclier pour son rôle particulier dans la vie du guerrier comme vu précédemment. Le mobilier défensif ne devait pas être mis en avant au moment du décès de son propriétaire.

Arthur Denis


Sources :

COUMERT Magali et DUMEZIL Bruno, Les royaumes barbares en occident [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://books.openedition.org/editionsehess/277?lang=fr

LOMBARD Maurice, Les grandes invasions et l’évolution des métallurgies (ve-viie siecles) [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.cairn.info.ezproxy.univ-paris1.fr/feuilleter.php?ID_ARTICLE=PUF_COUME_2014_01_0062

Publié par Lutece, L’installation des Francs en Gaule [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.e-stoire.net/article-30323283.html

Lucien MUSSET, « FRANCS  », Encyclopædia Universalis [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/francs/

Fig. 1 :  Francisque du Vè-VIIè siècle sans douille. [en ligne]. Consulté le 7 avril 2015. URL :http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=TOUT&VALUE_98=francisque&NUMBER=156&GRP=0&REQ=%28%28francisque%29%20%3aTOUT%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=5&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=200&DOM=All

Fig. 2 : Scramasaxe de type proche du « Schmalsax » du VIè siècle.  [en ligne]. Consulté le 7 avril 2015. URL :http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=TOUT&VALUE_98=francisque&NUMBER=156&GRP=0&REQ=%28%28francisque%29%20%3aTOUT%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=5&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=200&DOM=All

Fig. 3 : Relief de la colonne trajane représentant  un affrontement entre la cavalerie romaine et des cavaliers sarmates. [en ligne]. Consulté le 7 avril 2015. URL : « Colonne trajane 1-29 » par Cassius Ahenobarbus — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons – URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Reliefs_de_la_colonne_Trajane#/media/File:Colonne_trajane_1-29.jpg

Les éléments de parure wisigoths en Hispania aux Ve et VIe siècles

       Parlons maintenant de certains équipements retrouvés en fouille qui nous ont permis d’attester de l’arrivée des les Wisigoths dans la péninsule ibérique au cours du Ve siècle. Nous regarderons plus particulièrement les éléments de parures qui nous sont parvenus et qui sont datés de cette période. Il est important de comprendre que ces objets sont difficiles à interpréter et à identifier lorsqu’ils sont retrouvés au sein de l’Empire romain. En effet, la population germanique est assez minoritaire en termes de nombre. De plus, durant la période où les Wisigoths coexistent avec les Romains – entendons par ce terme les habitants de l’Empire –, ils font partie d’une classe de militaires, ne participant donc pas aux activités artisanales et s’approvisionnant au prêt des artisans romains. Cependant, les archéologues ont pu mettre un certain nombre d’éléments de parure au jour qui pourraient attester de l’installation de ce peuple germanique dans l’Empire romain, en Hispania. Les exemples utilisés seront surtout issus de nécropoles situées au centre de la péninsule ibérique.

Fig. 1 : Fibules hispano-wisigothiques, Tierra de Barros Estremadura. Walters Gallery, Baltimore.

Fig. 1 : Fibules hispano-wisigothiques, Tierra de Barros Estremadura. Walters Gallery, Baltimore.

Les premiers éléments très présents sont les fibules car la quasi-totalité des peuples à cette époque, si ce n’est tous, y avaient recours, de plus ce sont des éléments souvent mixtes, même si en l’occurrence, elles font parties du « costume national gothique » (Kazanski, 1991, p. 98). La découverte d’un grand nombre de fibules wisigothiques au cœur de l’Espagne dans des sites de nécropoles comme Duranton (660 tombes), Castiltierra ou Madrona, a été très importante pour les connaissances archéologiques de ce peuple et attester la présence wisigothique. Ces fibules ont une tête semi-circulaire et un pied plus ou moins en losange, elles sont dites de types « Smolin » et étaient portées par paire. Bien que certains émettent des doutes sur l’attribution de ce type de fibule aux Wisigoths exclusivement, elles marquent tout de même une présence de la mode danubienne au sein de la péninsule ibérique, et en corrélation avec les textes antiques, il ne fait aucun doute qu’en ces lieux, ces fibules appartenaient au peuple wisigoth, présent en Hispania dès le Ve siècle de notre ère.

Fig. 2 : Plaque-boucle wisigothique en bronze cloisonnée (verre clair et ambré), Europe du sud-ouest, Ve - VIe s. apr. J.-C.

Fig. 2 : Plaque-boucle wisigothique en bronze cloisonnée (verre clair et ambré), Europe du sud-ouest, Ve – VIe s. apr. J.-C.

Les plaques-boucles sont, elles aussi, assez représentées dans les artefacts archéologiques retrouvés en Espagne actuelle. Grandes et rectangulaires, elles appartiennent elles aussi à ce que Michel Kazanski appelle le costume national des peuples goths. Selon G.G. Koenig, ces plaques-boucles possèdent soit un ardillon très recourbé à l’extrémité ou alors une plaque losangé et seraient ainsi caractéristiques de la mode danubienne du Ve-VIe siècle. Malgré cette certaine standardisation de forme des plaques-boucles, on retrouve une diversité de décor assez importante, avec des gravures, des incisions ou encore l’incorporation d’autres matières dans le bronze d’origine grâce à la technique du cloisonnement (verre de couleur, pierres semi-précieuses). Parmi les exemples de plaques-boucles retrouvées in situ les plus connues, il est très intéressant de regarder celle de la tombe wisigothique d’Aguilafuente qui provient de la tombe d’une femme datée du VIe siècle, puisqu’elle a été retrouvée accompagnée des éléments caractéristiques du costume féminin à la mode danubienne, dont deux fibules (cf. supra) et de plusieurs bijoux.

Ces bijoux seront les derniers éléments de parure desquels nous parlerons dans cet article. Ils font l’objet de moins d’études que les autres artefacts présentés, tout simplement car ils sont moins fréquents et qu’ils ne sont pas obligatoirement des indicateurs précis et sûrs d’un peuple. En effet, les bijoux ont été les premiers touchés lors du phénomène d’acculturation entre les Wisigoths et les Romains et les échanges allant bons trains, les bijoux peuvent parfois ne pas être dus à une présence wisigothique. On trouve généralement des bracelets de différents métaux, des colliers de perles et des boucles d’oreille dont certaines ont des pendants polyédriques incrustés de verre de couleur. Tous ces bijoux ont été attestés dans les sépultures du centre de l’Hispania, dont la nécropole de Madrona présentant un panel assez varié de ces éléments de parure.

Fig. 3 : Vestiges d'une sépulture wisigothique en Hispania

Fig. 3 : Vestiges d’une sépulture wisigothique en Hispania

Tous ces propos tendent à être nuancés voire contredites par certains chercheurs. En effet, ces derniers amène la thèse selon laquelle il faudrait « nier toute possibilité de caractérisation d’un groupe ethnique à partir d’objets funéraires (La Rocca, 1989 ; Kulikowski, 2004) » (Ripoll et Carrero, 2009), cependant cette idée n’est pas suivi par la majorité des archéologues. Le deuxième phénomène qui demande à nuancer l’attribution des vestiges énoncés aux Wisigoths est double, d’une part leur acculturation avec les Romains peut semer le doute quant à l’attribution des sépultures aux uns ou aux autres et d’autre part, le fait que les Wisigoths n’aient laissé pratiquement aucun vestige en Gaule Aquitaine un siècle avant, alors qu’ici, en Hispania, on retrouverait une quantité assez extraordinaire d’objets wisigoths. Cependant, nier la présence de Goths sur la péninsule ibérique, serait aussi faire preuve d’une fermeture d’esprit, puisque les sources écrites antiques la mentionnent clairement. Les témoins archéologiques fournissent par ailleurs une fiabilité à ces sources qui à l’état actuel de la recherche sont indéniables.

Paul Bacoup


Sources :

KANZANSKI Michel, Les Goths (Ier-VIIe après J.-C.), Paris, Errance, 1992

RIPOLL Gisela et CARRERO Eduardo (2009), « Art wisigoth en Hispania : en quête d’une révision nécessaire », Perspective [en ligne], mis en ligne le 08 juin 2013. Consulté le 10 février 2015. URL : http://perspective.revues.org/1381

Lurio Addl (2014), Les arts Wisigothiques en Septimanie [en ligne]. Consulté le 9 février 2015. URL : http://www.lurioaddl.com/Pages/ArtsWisigothiques.aspx

Fig. 1 : Lurio Addl (2014), Les arts Wisigothiques en Septimanie [en ligne]. Consulté le 03 avril 2015. URL : http://www.lurioaddl.com/Pages/ArtsWisigothiques.aspx

Fig. 2 : Antiqueo.com, Haut Moyen-Age – Antiquité Tardive, 400 – 900 ap.J.C. – Plaque-Boucle Wisigothique Cloisonnée [en ligne]. Consulté le 01 avril 2015. URL : http://antiqueo.com/fr/artefacts/hautmoyenage/plaque-boucle_wisigothique_cloisonnee.html

Fig. 3 : Eger Christoph (2005), « Westgotische Gräberfelder auf der Iberischen Halbinsel als historische Quelle : Probleme der ethnischen Deutung », dans Cum grano salis, pp. 165-181. [en ligne]. Consulté le 10 février 2015. URL: https://www.academia.edu/1076036/Westgotische_Gr%C3%A4berfelder_auf_der_Iberischen_Halbinsel_als_historische_Quelle._Probleme_der_ethnischen_Deutung

Les coutumes funéraires en Gaule du IVe siècle au VIe apr. J.-C.

       L’archéologie funéraire travaille dans deux domaines lorsqu’il s’agit d’identifier les groupes ethniques étudiés, dans un premier temps en anthropologie physique ou biologique, c’est-à-dire les caractères morphologiques des os et tout ce qui peut y être lié (alimentation, combat, …), et dans un second temps sur les pratiques funéraires, soit le mobilier et les caractéristiques des tombes. Les arrivées massives de populations germaniques au cours des IVe et Ve siècles ont entrainé des modifications des coutumes funéraires romaines présentes dans toute la Gaule depuis la conquête dans les années 50 av. J.-C. par Jules César. Aux IVe et Ve siècles la Loire est la limite entre une zone septentrionale plutôt francisée et le royaume wisigoth, avec des coutumes funéraires assez caractéristiques au nord et d’autres moins expressives au sud. Ensuite, avec les années charnières des Ve-VIe siècles, on assiste à l’expansion maximale franque et la prise du royaume wisigoth d’Aquitaine par Clovis et les Francs. La Gaule est donc majoritairement franque.

Sépulture masculine aristocratique mérovingienne à Saint-Dizier (Haute-Marne), milieu VIe siècle © L. de Cargoüet/Inrap

Fig. 1 : Sépulture masculine aristocratique mérovingienne à Saint-Dizier (Haute-Marne), milieu VIe siècle
© L. de Cargoüet/Inrap

Durant le IVe siècle, les troupes barbares au service de l’armée romaine sont identifiables par le dépôt d’équipements militaires au sein de leurs sépultures. Cet équipement est certes généralement de facture romaine, mais les soldats romains n’avaient pas pour habitude de déposer du matériel dans leurs tombes. De plus, les femmes barbares sont inhumées avec leurs époux et avec leurs éléments de parure caractéristiques de leur appartenance ethniques. Cependant, les femmes franques se vêtissent à la mode romaine dès le début du Ve siècle. Ce sont les sépultures masculines et l’intérêt important que les hommes portaient à être inhumés en arme – en référence au statut d’homme libre – qui nous permettent d’identifier plus facilement les Francs. Le cimetière de la Gravette à L’Isle-Jourdain dans le Gers est une découverte importante montrant la présence de Francs dans la région de Toulouse, liée à la conquête de l’Aquitaine, avec des tombes très caractéristiques et la présence d’armes assez nombreuses. Les tombes en arme ont, de plus, une importance particulière puisqu’elles semblent être un indicateur du statut social, suivant le type d’arme et le nombre (épée, angon, casque, cheval, …). Dans les difficultés de l’archéologie funéraire apparait l’attribution de ce mobilier militaire à une population, en reprenant l’exemple d’Anne Nissen-Jaubert, bien que la francisque soit particulièrement liée aux Francs, une sépulture masculine à Vron dans le Pas-de-Calais renferme et une francisque et une poterie de type saxon, ne permettant pas une identification précise du défunt. Ces tombes en arme sont très fréquentes dans les territoires  francs ou saxons, on ne les connait cependant pas beaucoup chez les Wisigoths.

Reconstitution du costume de Childéric Ier  d'après P.Perrin et M.Kazanski

Fig. 2 : Reconstitution du costume de Childéric Ier d’après P.Perrin et M.Kazanski

L’arrivée de Childéric Ier et des Francs a également influencée autrement les coutumes funéraires de la partie septentrionale de la Gaule. Dès 450 apr. J.-C., on voit en effet les premières occurrences d’inhumations habillées. Avec les populations franques, apparait aussi un changement d’organisation des zones funéraires, on trouve alors des « cimetières en rangées » (A. Nissen-Jaubert, 2007) très bien illustrés par le site de Frénouville dans le Calvados, avec la réorientation des tombes sur des axes est-ouest et disposées en véritables rangées. Selon Anne Nissen-Jaubert toujours, cette nouvelle organisation est le fruit d’« influences culturelles réciproques entre des populations gallo-romaines et franques », puisqu’en Germanie l’incinération prédominait.

En ce qui concerne les Wisigoths et les Burgondes, ce sont généralement les sépultures féminines qui apportent des indications sur la présence de ces peuples avec la préservation du costume traditionnel danubien (voir article « Les éléments de parure wisigoths en Hispania aux Ve et VIe siècles ») ou avec la déformation crânienne caractéristique des peuples orientaux, en effet les hommes auraient rapidement adopté la mode vestimentaire romaine. Cependant, dans le royaume wisigoth, au sud de la Loire, les coutumes funéraires restent très pauvres, on trouve très peu de mobilier sur tout la période du Ve siècle au sein des sépultures, mises à part quelques fibules en arbalète et des peignes en os. Selon Michel Kazanski, l’inhumation habillée n’était en aucun cas pratiquée par les Wisigoths

La fin du Ve siècle voit l’expansion maximale du royaume wisigoth avant leur défaite face au Francs de Clovis en 507 dans les plaines de Vouillé. Cette période de troubles suscite des difficultés à attribuer le mobilier funéraire (de plus en plus nombreux) à une population particulière. Au cours du VIe siècle, l’inhumation habillée est pratiquée par tous (Francs ou non) dans toute la Gaule, rendant encore plus problématique les attributions culturelles de certaines sépulture. Cette pratique se généralise par les contacts entre les Francs et des Wisigoths durant la conquête, ensuite entre l’Hispania et la Gaule. Ces contacts sont d’autant plus visibles que des éléments du costume féminin wisigothique sont retrouvés en Gaule septentrionale. Cependant les modalités et les contextes de ces contacts restent encore très débattus et aucune thèse ne semble réellement faire l’unanimité au sein de la communauté scientifique.

Sépulture de cheval à Saint-Didier, VIe siècle, située non loin de celle d'un mérovingien Image tirée de : http://philippelopes.free.fr/TombesBarbares.htm#IA

Fig. 3 : Sépulture de cheval à Saint-Didier, VIe siècle, située non loin de celle d’un mérovingien

Moins fréquemment, on retrouve sur le sol de la Gaule durant notre période des tombes saxonnes, à Hordain en partie septentrionale par exemple, avec des coutumes propres comme l’incinération ou des tombes de chevaux. Ou encore des sépultures de Vandales (Toulouse) ou de Burgondes (Savoie).

Les migrations barbares et l’acculturation des nouveaux arrivants et des Gallo-romains ont entrainé des changements importants quant aux coutumes funéraires présentes jusqu’alors en Gaule. Selon les peuples, le sexe des individus entraine l’identification ou non de l’ethnie à laquelle le défunt appartenait. L’archéologie funéraire a aussi apporté des précisions sur les vêtements et armes portés et utilisés par les différents peuples, tout en prenant en compte les difficultés d’attribution des sépultures en fonction du matériel archéologique retrouvée en fouille. Les contacts et les échanges peuvent parfois induire en erreur les jugements et analyses qui sont continuellement remis en question, pour obtenir des résultats aux plus proches de la réalité historique. En Gaule, l’évolution des coutumes funéraires est très liée à celle du peuple franc, ses tombes en arme, ses inhumations habillées et ses cimetières orientés et en rangées. A la fin de notre période, on ne parle d’ailleurs plus de la Gaule, mais du Royaume des Francs.

Paul Bacoup


       Sources :

NISSEN-JAUBERT Anne (2007), « Migrations et invasions de l’Antiquité tardive à la fin du premier millénaire : affichages identitaires, intégration et transformations sociales », Archéopages [en ligne], 18, pp. 26-37. Mis en ligne le 06 décembre 2010. Consulté le 24 février 2015. URL : http://www.inrap.fr/userdata/c_bloc_file/6/6893/6893_fichier_dossier18-nissen-jaubert.pdf

STUTZ Françoise (2000), « L’inhumation habillée à l’époque mérovingienne au sud de la Loire », Mémoires de la société archéologique du midi en France [en ligne], 60, pp. 33-47. Consulté le 23 février 2015. URL : http://www.societes-savantes-toulouse.asso.fr/samf/memoires/t_60/33-47FST.PDF

            Clio et Calliope, Archéologie et rites funéraires [en ligne]. Consulté le 23 février 2015. URL : http://www.clioetcalliope.com/medieval/rite/rite.htm

Fig. 1 : INRAP (2012), Découverte de tombes aristocratiques mérovingiennes à Saint-Dizier (Haute-Marne) [en ligne]. Consulté le 5 mars 2015. URL : http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Actualites/Communiques-de-presse/p-97-Decouverte-de-tombes-aristocratiques-merovingiennes-a-Saint-Dizier-Haute-Marne-.htm

Fig. 3 : Philippe Lopes,Tombes Barbares (Saint-Dizier, France) [en ligne]. Consulté le 5 mars 2015. URL : http://philippelopes.free.fr/TombesBarbares.htm#IA