L’emmurement des villes aux IIIe et IVe siècles : un unique facteur « barbare » ?

        Les différents raids barbares du IIIe siècle et l’arrivée en masse, parfois définitive, de peuples germaniques au cours des deux siècles qui suivirent sont contemporains du phénomène de grandes constructions d’enceintes autour des chefs-lieux et d’agglomérations importantes de cités romaines occidentales. Les migrations barbares sont alors vues comme la cause de cet « emmurement » des villes, or est-ce vraiment l’unique raison qui poussa les Romains à ériger des murs protecteurs ?

Regardons alors si d’autres facteurs sont possiblement rentrés en jeu, au travers des caractéristiques principales des enceintes romaines de cette époque. Bien entendu, ces caractéristiques ne s’appliquent pas toutes à chacun des ouvrages défensifs, mais tendent à offrir un aperçu global.

D’abord, les enceintes sont généralement de taille réduite et n’enveloppent qu’une petite partie des villes, souvent les secteurs importants. Ces murailles réduites de l’Antiquité tardive sont aussi érigées dans des villes déjà dotées d’enceintes du Haut Empire qui, elles, englobaient toute l’agglomération. Au Mans (Vindunum, Sarthe, chef-lieu des Aulerques Cénomans) par exemple, la muraille englobe une superficie de 9 ha alors que l’agglomération fait environ 54 ha. Ou encore la muraille de Bavay (Bagacem Nerviorum, Nord, chef-lieu des Nerviens) qui n’enserre que le forum. On peut alors voir dans ce critère, une recherche de rapidité dans la construction d’éléments défensifs sous une menace pressante. Il s’applique alors bien aux dangers amenés par les Barbares.

Fig. 1 : Fragment d'entablement d'un monument public de Vindunum retrouvé dans les soubassements de la muraille. Musée le Carré Plantagenêt, Le Mans. © P. Bacoup

Fig. 1 : Fragment d’entablement d’un monument public de Vindunum retrouvé dans les soubassements de la muraille. Musée le Carré Plantagenêt, Le Mans. © P. Bacoup

Ensuite, la construction des enceintes fait souvent intervenir des matériaux de réemploi et s’appuie sur des éléments architecturaux déjà présents en sein des villes. La ville de Nyon (Colonia Julia Equestris, Suisse, territoire des Helvètes) a connu une destruction importante de sa parure urbaine à la fin du IIIe et au IVe siècles afin de construire la muraille de Genève. Autre exemple, la ville de Reims (Durocortorum, Marne, chef-lieu des Rèmes) érige son enceinte tardive au même moment, et se sert de ses quatre arcs-de-triomphe pour définir son tracé. Ils deviennent ainsi les quatre portes monumentales de la ville dont la plus connue est aujourd’hui encore la porte dite « de Mars ».

La porte de Mars, Reims © J.-J. Bigot, Inrap

Fig. 2 : La porte de Mars, Reims © J.-J. Bigot, Inrap

Encore une fois, le gain de temps est recherché en s’épargnant le travail d’extraction et même parfois celui de construction. Toutefois, on voit aussi une certaine intention ostentatoire. La porte de Mars est le plus grand arc connu de tout l’Empire, son incorporation à la muraille n’est pas si anodine.

De plus, les sites choisis pour recevoir les murailles sont généralement en hauteur, sur le point le plus haut au sein de l’agglomération. L’exemple du Mans est là encore tout à fait approprié pour illustrer cette caractéristique, et encore une fois le côté défensif prime dans cette vision de la muraille. Cependant, en plaçant ainsi l’enceinte en hauteur, elle est aussi plus visible, attire l’œil et s’impose par rapport aux autres édifices. Elle signale l’importance de la ville, sa richesse et sa puissance.

Parement extérieur en opus mixtum avec les motifs géométriques. © P. Bacoup

Fig. 3 : Parement extérieur en opus mixtum avec les motifs géométriques. © P. Bacoup

Enfin, il est nécessaire de s’intéresser au contexte politique de la période. En effet, on se trouve à la sortie de la crise du IIIe siècle  qui s’est étalée de 235 à 284 apr. J.-C., l’empereur Dioclétien prend le pouvoir et tente de réaffirmer sa puissance et celle de l’Empire. Il entame alors un programme de fortification des villes importantes, autant pour les protéger des arrivées de plus en plus importantes de peuples germaniques, que pour afficher le prestige de l’Empire et le rétablissement d’un véritable pouvoir impérial. Vindunum (Le Mans) est ainsi dotée d’une enceinte datant de l’Antiquité tardive qui est, aujourd’hui, la mieux conservée de France. La muraille est donc un témoin unique de l’architecture romaine. De plus, l’enceinte est remarquable par les réalisations faites à vocation ostentatoire. Les bâtisseurs ont joué avec les couleurs des différents matériaux à leur disposition pour obtenir des ornementations géométriques ainsi qu’une couleur rouge caractéristique.

        L’emmurement des villes romaines durant la fin du IIIe et les IVe et Ve siècles témoigne donc bien des arrivées barbares, par raids ou par migrations. Cependant, cet enfermement n’est pas la conséquence de l’unique facteur « barbare » mis en avant le plus fréquemment, mais bien d’une multitude de raisons dont la volonté du pouvoir impérial de réaffirmer sa puissance, mais également un désir d’ostentation des villes de l’Empire.

Paul Bacoup


GUILLEUX J., L’Enceinte romaine du Mans. Saint-Jean-d’Angély, Jean-Michel Bordessoules, 2000.

Le Service Animation du Patrimoine et Tourisme Urbain du Mans, Ville d’art et d’histoire, et le comité scientifique, Laissez-vous conter l’enceinte romaine (PDF) [en ligne]. Consulté le 17 février 2015. URL : http://www.libtheque.fr/scripts/download.php?file=FICHIER_COMP_5427hgce2_n_1&ext=pdf

Office de tourisme du Mans, L’enceinte romaine du Mans – cité Plantagenêt [en ligne]. Consulté le 17 février 2015. URL : http://www.lemans-tourisme.com/fr/architecture-patrimoine/enceinte-romaine.html

Institut national de recherches archéologiques préventives, Archéologie : l’Antiquité gallo-romaine à Reims [En ligne]. Consulté le 21 avril 2015. URL : http://www.inrap.fr/atlas/reims/periodes-chronologiques/antiquite-gallo-romaine

Armes de poing et éléments défensifs

          Chez les peuples « barbares » l’homme se définissait avant tout par son statut de guerrier. C’est la raison pour laquelle l’armement de ces peuples est une grande source d’informations sur leur organisation sociale et leur culture. Cet armement est la conséquence  d’un mélange de tradition et de savoir-faire de différentes régions : Germanie, Empire romain et Europe steppique. Des éléments d’armement d’une grande beauté se propagent au Ve siècle en occident ce qui permet à leur propriétaire de mettre en exergue leur richesse et leur pouvoir.

Nous nous pencherons principalement sur les Francs. L’armement de ce peuple est d’excellente facture et montre une grande maîtrise des techniques du métal. Cependant nous évoquerons d’autres peuples afin de pouvoir comparer ou approfondir certaines idées.

Nous commencerons par l’arme qui servira de symbole au peuple franc : la francisque.

Tête de francisque franque

Fig. 1 : Tête de francisque franque, retrouvée en Ille-et-Vilaine

Certains textes nous la présentent comme une hache à deux tranchants, cependant les fouilles archéologiques nous ont permis de déterminer que la majorité de ces haches présentait un tranchant unique et que les haches à deux tranchants, comme celles retrouvées sur le site de la Bussière-Étable, avaient un rôle plus cultuel et rituel. La francisque était une arme de jet, elle pouvait se lancer à courte portée sans avoir besoin de beaucoup d’amplitude. Elle servait sans doute aussi bien à blesser qu’à alourdir le bouclier et donc à fatiguer les combattants ennemis et ralentir leurs mouvements.

La framée est également une arme courante. Connue depuis longtemps chez les peuples germains comme javelot ou lance allongée, elle possède chez les Francs un fer plus large et plus court. Parfois cette pointe présente une forme caractéristique que l’on qualifie de feuille de saule, cette forme semble plus courante chez les Lombards à la fin de la période étudiées dans ce blog.

Le scramasaxe est une arme connue de tous les peuples germaniques, mais son utilisation est particulièrement répandue chez les Francs d’après le nombre de celles-ci retrouvé dans les tombes franques. Il ne faut cependant pas oublier que les Francs contrairement à d’autres peuples n’hésitaient pas à se faire enterrer avec l’ensemble de leur matériel et il faut donc nuancer ce fait (lire aussi : « Les coutumes funéraires en Gaule du IVe siècle au VIe apr. J.-C. »).

Scramasaxe en fer forgé, retrouvé en Bourgogne

Fig. 2 : Scramasaxe en fer forgé, retrouvé en Bourgogne

Le scramasaxe était un glaive court (entre 30 et 70 cm) à un seul tranchant et sans garde particulière. Les guerriers francs s’en servaient aussi à un usage domestique, néanmoins la physionomie de l’arme est clairement tournée vers la guerre comme le montre les petites rigoles favorisant les hémorragies une fois les chairs pénétrées. Si l’arme est aussi répandue c’est en partie en raison de son ancienneté, ainsi Tacite (Ier-IIe s. apr. J.-C.) l’évoque sous le terme de brevis gladius. Des recherches récentes ont mis en avant des lames à un tranchant très lourdes et sans doute maniées à deux mains, il est néanmoins difficile d’établir pour l’instant si ce sont des scramasaxes particuliers ou des épées de l’époque.

Enfin l’arme la plus importante semble être l’épée. La lame est symétrique, à deux tranchants et à pointe, et permet de frapper de taille ou de pointe. Cette épée peut être aussi bien utilisée par les cavaliers que par les fantassins. Son histoire est ancienne, elle remonte à l’Âge du Bronze, l’épée portée par les peuples barbares présente des caractéristiques similaires à celle des époques de l’Âge du Fer (l’Hallstatt et la Tène dans ces régions). Chez les auxiliaires germaniques, elle se nomme spatha (ou semispatha pour les plus courtes) et est introduite dans les légions romaines avec eux. Les épées ordinaires font entre 4 et 5 cm de large et 75 à 90 cm de long en comprenant la poignée qui fait elle-même entre 8 et 11 cm. Ces épées étaient rangées dans des fourreaux souvent décorés (l’épée de Childéric Ier). Ce fourreau était en bois ou en écorce souple revêtu de cuir. Ces fourreaux pouvaient servir de marqueurs sociaux comme le laisse supposer certaines fouilles à l’image de l’épée trouvée à Altussheim dont le fourreau est recouvert de feuilles d’or. L’épée aura, au cours de la période médiévale, une forte connotation symbolique, le terme « brandir » découlant de brando en italien et désignant les épées longues des Lombards.

Les peuples barbares possédaient également un équipement défensif avancé. L’élément principal étant le bouclier qui leur permettait de recourir à la tactique du mur de bouclier. Le bouclier a également un aspect rituel, son obtention lance la carrière d’un guerrier franc. Ainsi lors des réunions c’est en frappant l’umbo (partie métallique centrale en relief) que l’on donne son approbation et c’est également sur le bouclier que les guerriers sont emmenés une fois morts. Ce bouclier est formé de latte de bois le plus souvent recouvert de cuir, peut-être peint, tandis que l’umbo et la manipule (poignée) sont en fer. La forme du bouclier pouvait être ronde ou elliptique.

Un autre élément défensif important est l’armure. Celle-ci est rarement retrouvée mais semble attestée par les textes pour l’ensemble des peuples. Cette armure peut prendre différente forme. Cependant la forme la plus exceptionnelle reste la cotte de maille. Sa particularité vient de sa rareté jusqu’à la période carolingienne. Elle présente une difficulté technique certaine, étant composée de 35 000 à 40 000 anneaux. Le fait de ne pas les retrouver est dû à leur réutilisation, pour des raisons économiques ou symboliques. On a également la trace de thorax qui est une cuirasse en écailles métalliques. Il était plus rapide et plus facile à réaliser, mais protégeait moins bien, surtout des coups de pointes.

Représentation de barbare portant des armures en mailles sur la colonne trajane à Rome

Fig. 3 : Représentation de Barbares portant des armures en mailles sur la colonne Trajane à Rome

L’origine de la cotte de maille semble être sarmate comme l’indiquent des fragments retrouvés dans des sépultures de ce peuple en Europe de l’Est ou la fresque de Kertch du IIe siècle apr. J.-C.

Enfin les casques barbares seraient, eux aussi, originaires des Sarmates. Ces derniers portaient en effet des casques coniques. Les types de casque sont multiples comme le montrent les différentes trouvailles archéologiques (calotte de Trivières dans le Hainaut, casque de fer damasquiné de Baldenheim, casque de bronze repoussé de Vézeronce). Les archéologues en ont retrouvés assez peu dans les sépultures. On peut alors émettre l’hypothèse que le mobilier rituel devait être le mobilier offensif et le bouclier pour son rôle particulier dans la vie du guerrier comme vu précédemment. Le mobilier défensif ne devait pas être mis en avant au moment du décès de son propriétaire.

Arthur Denis


Sources :

COUMERT Magali et DUMEZIL Bruno, Les royaumes barbares en occident [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://books.openedition.org/editionsehess/277?lang=fr

LOMBARD Maurice, Les grandes invasions et l’évolution des métallurgies (ve-viie siecles) [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.cairn.info.ezproxy.univ-paris1.fr/feuilleter.php?ID_ARTICLE=PUF_COUME_2014_01_0062

Publié par Lutece, L’installation des Francs en Gaule [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.e-stoire.net/article-30323283.html

Lucien MUSSET, « FRANCS  », Encyclopædia Universalis [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/francs/

Fig. 1 :  Francisque du Vè-VIIè siècle sans douille. [en ligne]. Consulté le 7 avril 2015. URL :http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=TOUT&VALUE_98=francisque&NUMBER=156&GRP=0&REQ=%28%28francisque%29%20%3aTOUT%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=5&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=200&DOM=All

Fig. 2 : Scramasaxe de type proche du « Schmalsax » du VIè siècle.  [en ligne]. Consulté le 7 avril 2015. URL :http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=TOUT&VALUE_98=francisque&NUMBER=156&GRP=0&REQ=%28%28francisque%29%20%3aTOUT%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=5&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=200&DOM=All

Fig. 3 : Relief de la colonne trajane représentant  un affrontement entre la cavalerie romaine et des cavaliers sarmates. [en ligne]. Consulté le 7 avril 2015. URL : « Colonne trajane 1-29 » par Cassius Ahenobarbus — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons – URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Reliefs_de_la_colonne_Trajane#/media/File:Colonne_trajane_1-29.jpg

Le limes romain germanique

Carte du limes germanique

Carte du limes germanique Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

   Le limes romain constitue la frontière de l’Empire. Il s’étendait alors sur 5 000 km depuis la côte atlantique au nord de la Grande-Bretagne, traversant l’Europe jusqu’à la mer Noire, de là, il s’étendait encore jusqu’à la mer Rouge et l’Afrique du Nord, avant de revenir à la côte atlantique. Cependant dans cet article nous nous pencherons uniquement sur le limes de l’Europe continentale, longeant le Rhin puis le Danube. Les fouilles ont permis de dégager de nombreux vestiges des éléments qui bordaient cette frontière, tandis que d’autres parties sont, pour leur part, restées en place. Les zones forestières des massifs du Westerwald et du Taunus présentent les murs et fossés les mieux conservés. Les deux tronçons du limes en Allemagne couvrent une distance de 550 km depuis le nord-ouest de l’Allemagne jusqu’au Danube au sud-est du pays, c’est le monument romain le plus important en Europe. Il courait le long des Germanies et de la Rhétie. Le cordon de protection que représente le limes s’appuie sur des éléments naturels (le Rhin et le Danube par exemple), et sur des constructions romaines, on compte 150 forts et 900 tours de guet. Tours de guet qui semblent en général être souvent entourées d’un ou plusieurs fossés (les palissades sont moins attestées). Lorsqu’il ne suit pas des éléments topographiques stratégiques, le limes traverse souvent en ligne droite les forêts et les champs.

En 74 après J.-C., l’empereur Vespasien fit tracer une nouvelle route de Strasbourg à Tuttlingen, sur le Danube. Les territoires gagnés par les Romains sur la rive droite du Rhin reçurent le nom de Champs Décumates (Agri decumates), à peu près le triangle Coblence-Regensburg-Bâle.

Afin de faciliter les communications terrestres entre les parties occidentales et orientales de l’Empire et d’éliminer les risques d’invasions en Gaule, les empereurs des dynasties des Flaviens et des Antonins vont renforcer les positions romaines dans les Champs Décumates. Le point faible de la frontière devient ainsi le point fort du limes romain. Une nouvelle population, d’origine gauloise, fut installée dans des colonies agricoles et militaires, indépendantes des cités, contrairement à la règle générale. Elles furent abandonnées à la fin du IIIe siècle par manque d’effectifs.

Hadrien prolongea vers l’est, au nord du Main, la ligne des forts. De plus, les Romains construisirent une palissade ininterrompue en pieux de bois pointus destinée à protéger le chemin et les tours de guet du limes. Antonin fit porter en avant la ligne de défense au sud du Main. Néanmoins une fortification de cette longueur n’est efficace qu’en cas de stabilité dans les territoires barbares. Or, après 160, suite aux migrations des Goths, attestées par des textes romains, de la mer Baltique à la mer Noire, le monde barbare connaît de nombreuses transformations. Cela entraîne des destructions dans les campagnes et villes gauloises. Au cours de la seconde moitié du IIe siècle, des tours en pierres sont érigées en remplacement des tours en bois. De plus, les romains entreprennent d’installer les entrées de ces tours au premier étage, afin de renforcer le principe défensif de celles-ci. Ce système perdura pendant toute la période médiévale.

A la fin du IIe et au début du IIIe siècle, les Romains aménagèrent en plus, entre la palissade (vallum) et le chemin, un fossé (fossa) doublé d’un remblai (agger). Il semble qu’en Rhétie (Bavière), la pression exercée par les peuples germaniques était plus forte qu’en Germanie supérieure. En effet, les traces archéologiques montrent que la palissade est remplacée par un mur de pierre reliant tours et forts entre eux.

Reconstitution du fort de Saarburg

Fig. 2 : Reconstitution du fort de Saarburg CC BY-SA 3.0 de via Wikimedia Commons

Regardons de plus près un exemple concret de la recherche archéologique qui a permis d’établir une politique efficace de médiation culturelle, le camp de la Saalburg. Il fut reconstruit entre 1897 et 1907 sur d’anciennes fondations romaines, et est aujourd’hui ouvert aux visites.

L’emplacement est d’abord occupé par un premier fortin de bois, édifié pendant la guerre menée par l’empereur Domitien contre la tribu germanique des Chattes, en 83 apr. J-C. Ce fortin pouvait accueillir une garnison d’environ 150 soldats. Un second camp est mis en place vers 135 par l’empereur Hadrien. Sa superficie est 6 fois plus grande que le premier et s’inscrit dans sa volonté d’établir un limes défensif renforcé. Ce désir politique continuera sous ces successeurs et entre 160 et 190, le rempart en bois et pierre fut remplacé par une enceinte maçonné. Le camp actuel voudrait être la reconstitution aussi fidèle que possible de cette dernière construction. C’est pour cela que le fortin de Saalburg possède une enceinte rectangulaire aux coins arrondis, en effet il s’agit de la forme classique des camps militaires romains. Quatre portes sont édifiées en suivant les cardo et decumanus maximus du camp, chacune située au centre d’un des côtés. Ces portes sont défendues par deux tours rectangulaires de chaque côté. L’entrée principale fait face au sud, c’est-à-dire à l’opposé du limes. On la nomme porte prétorienne. Lors de la fouille du site, des blocs de pierres ont été identifiés comme appartenant au crénelage des murs d’enceinte du camp. Lors de la reconstitution du fortin seul deux baraques en bois ont été installées mais le camp n’était presque que constitué de bâtiments de ce type afin de pouvoir accueillir une centurie entière. Le camp comprenait également un dépôt de bagage, des réserves et le logement du centurion, qui lui était en dur.

Les Chattes font une nouvelle incursion en 162. Marc Aurèle va alors guerroyer pendant 14 ans sur le Rhin et le Danube (166-180). La pression des peuples germaniques augmentant il devient nécessaire d’installer des défenses vers l’intérieur des terres et de créer des points d’appui pour les troupes romaines dans les terres. Pendant la période d’anarchie militaire que va connaitre l’empire romain pendant le IIIe siècle, l’empire des Gaules (258-268) va chercher à assurer la défense du limes : Postumus installe sa capitale à Trèves. Francs et Alamans traversent le limes et prennent position en Gaule, les invasions de cette période sont plus des pillages aventureux que de vrais mouvements de population avec un désir de s’établir comme nous le verrons au IVe siècle. Après sa prise de pouvoir, Dioclétien réorganise la frontière et installe un césar, Constance Chlore, à Trèves. Dioclétien réforme aussi l’armée, il recrute parmi les paysans et les barbares. C’est aussi à cette période que le nombre de légions est multiplié par deux et que leur effectif est réduit et fixé à 1000 hommes. Constantin met en place la disposition tactique particulière des limitanei, souvent barbares. Ils étaient stationnés dans les forts et fortins du limes. Les meilleures troupes, comitatenses et palatini formaient une force armée d’intervention. Elles stationnaient à une certaine distance du limes.

En 355, les Alamans passent à nouveau le Rhin. Julien parvient à les vaincre à Strasbourg en 357, toutefois, dans les régions d’Alsace et de Lorraine, l’archéologie montre qu’aucune villa ne devait être reconstruite. La dernière opération outre-Rhin a lieu en 378, et en 381 la cour de Trèves est transférée à Milan. La phase de construction de monuments impériaux à Trèves prend donc fin. En 395 le siège de la préfecture des Gaules passe de Trèves à Arles, ce qui introduit définitivement à l’intérieur de la Gaule les tribus barbares jusqu’alors difficilement contenues en dehors des frontières. Après l’invasion des Huns de 376 le limes a déjà presque perdu tout intérêt militaire, et de grandes migrations vont suivre. Enfin à partir de 455, il n’y a plus aucune défense organisée le long du limes.

Arthur Denis


Site Institutionnel, conclusion des évaluations des Oranisations consultatives. Consulté le 26 mars 2015, URL:http://whc.unesco.org/fr/list/430/,

André Dubail, Consulté le 26 mars 2015, URL:http://www.crdp-strasbourg.fr/main2/albums/limes/dossier_fr.pdf

Office du tourisme allemand, Consulté le 26 mars 2015, URL:http://www.germany.travel/fr/villes-et-culture/patrimoine-mondial-de-lunesco/les-frontieres-de-lempire-romain-le-limes-de-germanie-superieure-et-de-rhetie.html

Raymond CHEVALLIER, « GERMANIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 mars 2015. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/germanie/

Paul PETIT, « CONSTANTIN LE GRAND (285 env.-337) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 mars 2015. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/constantin-le-grand/

Jean-Paul DEMOULE, Jean-Jacques HATT, « GAULE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 mars 2015. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/gaule/

Olivier COLLOMB, « DÉCUMATES CHAMPS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 mars 2015. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/champs-decumates/

Fig. 1 : Voir le descriptif de l’image dans le flickr du blog : https://www.flickr.com/photos/129977164@N07/16317674384/in/photostream/

Fig. 2 : WEINANDT Holger (2009), Saalburg-Haupteingang [en ligne]. Consulté le 26 mars 2015. URL : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/95/Saalburg_-_Haupteingang_2009.jpg