Barbares et religion chrétienne

         Les autres articles présents sur ce blog étaient consacrés à des thèmes plutôt précis et que nous avons cherché à rendre le plus clair possible en un minimum de lignes. Cependant, celui qui vient après est un thème qui recoupe chaque autre, qui chapote l’ensemble des notions se rapportant aux migrations barbares, puisqu’il est présent partout. Toutefois, nous essaierons d’être aussi clairs et concis que précédemment.

En effet, la religion chrétienne prend une ampleur considérable durant notre période d’étude. En 313, Constantin Ier, face à un christianisme de plus en plus répandu, promulgue l’édit de Milan, instaure la Paix de l’Église et accorde aux Chrétiens la liberté de culte. Le concile de Nicée en 325 fonde alors le dogme de l’Eglise chrétienne.

Représentation du concile de Nicée par Cesare Nebbia

Fig. 1 : Représentation du concile de Nicée par Cesare Nebbia

  En 380, la religion chrétienne devient officiellement la seule religion dans l’Empire romain. Il est maintenant important de s’intéresser aux nouveaux arrivants barbares et à leur rapport à cette religion. Comment s’y adaptent-ils ? y sont-ils obligés ou le demandent-ils ?

Les peuples germaniques ont traditionnellement une religion païenne polythéiste où le destin des hommes était fixé, cette religion est peu connue mais semble proche de la religion nordique au moment des invasions vikings de la fin du Ier millénaire, les similitudes étant particulièrement visibles dans l’iconographie du mobilier anglo-saxon. La religion chrétienne est, elle, une religion monothéiste. C’est une « religion du livre », c’est-à-dire qu’elle est basée sur des textes, divisés en deux grands ensembles : l’ancien testament, ou bible hébraïque, et le nouveau testament, constitué des livres relatifs à la vie de Jésus.

L’envoi de missionnaires dans les territoires extérieurs à l’Empire romain pour convertir les peuples barbares est courant. Le missionnaire de cette période le plus connu est Saint Patrick qui convertit l’Irlande à la foi chrétienne. Pour les peuples barbares germaniques, on connaît d’autres missionnaires. Ainsi chez les Goths, Wulfila, surnommé « évêque des Goths », évangélise une partie de la population créant de nombreux troubles internes. Cependant la religion chrétienne finit par s’imposer.

Bible de Wulfila en langue gothique.

Fig. 2 : Bible de Wulfila en langue gothique.

En partie par l’action de Wulfila, les Goths, et la plupart des peuples barbares, sont ariens. C’est-à-dire qu’il ne suivent pas les dogmes de l’Église chrétienne tels que ceux-ci ont été édictés lors du concile de Nicée de 325. Le dernier roi arien est le souverain Récarède Ier, roi Wisigoth d’Espagne, qui se convertit à la foi de l’Église en 589.

Chez les Francs la conversion de Clovis Ier est un élément déterminant dans l’historiographie. Les souverains précédents sont païens, comme le montre le mobilier de la tombe de Childéric Ier. La présence de ce mobilier montre un non-respect du dogme chrétien qui veut normalement que le défunt soit enterré sans effet personnel. D’après les recherches d’historiens la conversion de Clovis a d’abord un aspect politique.

Baptême de Clovis Ier par Jean Alaux

Fig. 3 : Baptême de Clovis Ier par Jean Alaux

Selon différentes hypothèses, il semble que Clovis Ier se convertit pour avoir l’appui des populations gallo-romaines dans les territoires qu’il contrôle, mais aussi à des fins diplomatiques afin de renforcer ses alliances avec les peuples Burgondes au sud et Bretons à l’Ouest.

Les traces archéologiques de ces conversions sont peu nombreuses et souvent indirectes. Les transformations des coutumes funéraires peuvent être une trace d’acculturation ou de conversion (voir ici). Lorsque cette inhumation est réalisée sans mobilier, il est possible d’émettre l’hypothèse que cela est due à une conversion à la religion chrétienne. Néanmoins cela reste une preuve indirecte. Les recherches doivent donc principalement s’appuyer sur des textes historiques et il s’agit d’un domaine où la recherche archéologique est encore peu développée.

Arthur Denis


Sources :

L’histoire de l’Église : une vision synthétique, La Conversion de Clovis [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://docfox.free.fr/old_renardweb/histoire/catholique/clovis.htm

L’histoire de l’Église : une vision synthétique, « Hérésies sur la Trinité » dans Les premières hérésies [en ligne]. Consulté le 22 avril. URL : http://docfox.free.fr/old_renardweb/histoire/une/heresies.htm#arius

Sciences Humaines, La diffusion du christianisme dans l’Europe barbare [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://www.scienceshumaines.com/la-diffusion-du-christianisme-dans-l-europe-barbare_fr_15121.html

Michel MESLIN, « arianisme » dans Encyclopædia Universalis [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/arianisme/

CLIOHIST, Les royaumes barbares, culture et religion [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://www.cliohist.net/medievale/europe/hmed/cours/chap4.html

Fig. 1 :  Ouverture du Concile de Nicée (325) en présence de l’Empereur Constantin le Grand. Fresque au Vatican (bibliothèque de Sixte Quint), par Cesare Nebbia. [en ligne]. Consulté le 26 avril 2015 « Cesare Nebbia Concile de Nicée (1560) » par Cesare Nebbia — Travail personnel, Gilles MAIRET, 2012-12-17 04:47:07. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons – URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Cesare_Nebbia#/media/File:Cesare_Nebbia_Concile_de_Nic%C3%A9e_%281560%29.jpg

Fig. 2 : Bible de Wulfila en langue gothique. « Wulfila bibel ». [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons – httpcommons.wikimedia.orgwikiFileWulfila_bibel.jpg#mediaFileWulfila_bibel.jpg. URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Wulfila#/media/File:Wulfila_bibel.jpg

Fig. 3 :  Baptême de Clovis Ier par Jean Alaux (1785-1864). Musée des Beaux-Arts de Reims. [en ligne]. Consulté le 22 avril 2015. URL : http://www.herodote.net/25_decembre_498-evenement-4981225.php

Armes de poing et éléments défensifs

          Chez les peuples « barbares » l’homme se définissait avant tout par son statut de guerrier. C’est la raison pour laquelle l’armement de ces peuples est une grande source d’informations sur leur organisation sociale et leur culture. Cet armement est la conséquence  d’un mélange de tradition et de savoir-faire de différentes régions : Germanie, Empire romain et Europe steppique. Des éléments d’armement d’une grande beauté se propagent au Ve siècle en occident ce qui permet à leur propriétaire de mettre en exergue leur richesse et leur pouvoir.

Nous nous pencherons principalement sur les Francs. L’armement de ce peuple est d’excellente facture et montre une grande maîtrise des techniques du métal. Cependant nous évoquerons d’autres peuples afin de pouvoir comparer ou approfondir certaines idées.

Nous commencerons par l’arme qui servira de symbole au peuple franc : la francisque.

Tête de francisque franque

Fig. 1 : Tête de francisque franque, retrouvée en Ille-et-Vilaine

Certains textes nous la présentent comme une hache à deux tranchants, cependant les fouilles archéologiques nous ont permis de déterminer que la majorité de ces haches présentait un tranchant unique et que les haches à deux tranchants, comme celles retrouvées sur le site de la Bussière-Étable, avaient un rôle plus cultuel et rituel. La francisque était une arme de jet, elle pouvait se lancer à courte portée sans avoir besoin de beaucoup d’amplitude. Elle servait sans doute aussi bien à blesser qu’à alourdir le bouclier et donc à fatiguer les combattants ennemis et ralentir leurs mouvements.

La framée est également une arme courante. Connue depuis longtemps chez les peuples germains comme javelot ou lance allongée, elle possède chez les Francs un fer plus large et plus court. Parfois cette pointe présente une forme caractéristique que l’on qualifie de feuille de saule, cette forme semble plus courante chez les Lombards à la fin de la période étudiées dans ce blog.

Le scramasaxe est une arme connue de tous les peuples germaniques, mais son utilisation est particulièrement répandue chez les Francs d’après le nombre de celles-ci retrouvé dans les tombes franques. Il ne faut cependant pas oublier que les Francs contrairement à d’autres peuples n’hésitaient pas à se faire enterrer avec l’ensemble de leur matériel et il faut donc nuancer ce fait (lire aussi : « Les coutumes funéraires en Gaule du IVe siècle au VIe apr. J.-C. »).

Scramasaxe en fer forgé, retrouvé en Bourgogne

Fig. 2 : Scramasaxe en fer forgé, retrouvé en Bourgogne

Le scramasaxe était un glaive court (entre 30 et 70 cm) à un seul tranchant et sans garde particulière. Les guerriers francs s’en servaient aussi à un usage domestique, néanmoins la physionomie de l’arme est clairement tournée vers la guerre comme le montre les petites rigoles favorisant les hémorragies une fois les chairs pénétrées. Si l’arme est aussi répandue c’est en partie en raison de son ancienneté, ainsi Tacite (Ier-IIe s. apr. J.-C.) l’évoque sous le terme de brevis gladius. Des recherches récentes ont mis en avant des lames à un tranchant très lourdes et sans doute maniées à deux mains, il est néanmoins difficile d’établir pour l’instant si ce sont des scramasaxes particuliers ou des épées de l’époque.

Enfin l’arme la plus importante semble être l’épée. La lame est symétrique, à deux tranchants et à pointe, et permet de frapper de taille ou de pointe. Cette épée peut être aussi bien utilisée par les cavaliers que par les fantassins. Son histoire est ancienne, elle remonte à l’Âge du Bronze, l’épée portée par les peuples barbares présente des caractéristiques similaires à celle des époques de l’Âge du Fer (l’Hallstatt et la Tène dans ces régions). Chez les auxiliaires germaniques, elle se nomme spatha (ou semispatha pour les plus courtes) et est introduite dans les légions romaines avec eux. Les épées ordinaires font entre 4 et 5 cm de large et 75 à 90 cm de long en comprenant la poignée qui fait elle-même entre 8 et 11 cm. Ces épées étaient rangées dans des fourreaux souvent décorés (l’épée de Childéric Ier). Ce fourreau était en bois ou en écorce souple revêtu de cuir. Ces fourreaux pouvaient servir de marqueurs sociaux comme le laisse supposer certaines fouilles à l’image de l’épée trouvée à Altussheim dont le fourreau est recouvert de feuilles d’or. L’épée aura, au cours de la période médiévale, une forte connotation symbolique, le terme « brandir » découlant de brando en italien et désignant les épées longues des Lombards.

Les peuples barbares possédaient également un équipement défensif avancé. L’élément principal étant le bouclier qui leur permettait de recourir à la tactique du mur de bouclier. Le bouclier a également un aspect rituel, son obtention lance la carrière d’un guerrier franc. Ainsi lors des réunions c’est en frappant l’umbo (partie métallique centrale en relief) que l’on donne son approbation et c’est également sur le bouclier que les guerriers sont emmenés une fois morts. Ce bouclier est formé de latte de bois le plus souvent recouvert de cuir, peut-être peint, tandis que l’umbo et la manipule (poignée) sont en fer. La forme du bouclier pouvait être ronde ou elliptique.

Un autre élément défensif important est l’armure. Celle-ci est rarement retrouvée mais semble attestée par les textes pour l’ensemble des peuples. Cette armure peut prendre différente forme. Cependant la forme la plus exceptionnelle reste la cotte de maille. Sa particularité vient de sa rareté jusqu’à la période carolingienne. Elle présente une difficulté technique certaine, étant composée de 35 000 à 40 000 anneaux. Le fait de ne pas les retrouver est dû à leur réutilisation, pour des raisons économiques ou symboliques. On a également la trace de thorax qui est une cuirasse en écailles métalliques. Il était plus rapide et plus facile à réaliser, mais protégeait moins bien, surtout des coups de pointes.

Représentation de barbare portant des armures en mailles sur la colonne trajane à Rome

Fig. 3 : Représentation de Barbares portant des armures en mailles sur la colonne Trajane à Rome

L’origine de la cotte de maille semble être sarmate comme l’indiquent des fragments retrouvés dans des sépultures de ce peuple en Europe de l’Est ou la fresque de Kertch du IIe siècle apr. J.-C.

Enfin les casques barbares seraient, eux aussi, originaires des Sarmates. Ces derniers portaient en effet des casques coniques. Les types de casque sont multiples comme le montrent les différentes trouvailles archéologiques (calotte de Trivières dans le Hainaut, casque de fer damasquiné de Baldenheim, casque de bronze repoussé de Vézeronce). Les archéologues en ont retrouvés assez peu dans les sépultures. On peut alors émettre l’hypothèse que le mobilier rituel devait être le mobilier offensif et le bouclier pour son rôle particulier dans la vie du guerrier comme vu précédemment. Le mobilier défensif ne devait pas être mis en avant au moment du décès de son propriétaire.

Arthur Denis


Sources :

COUMERT Magali et DUMEZIL Bruno, Les royaumes barbares en occident [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://books.openedition.org/editionsehess/277?lang=fr

LOMBARD Maurice, Les grandes invasions et l’évolution des métallurgies (ve-viie siecles) [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.cairn.info.ezproxy.univ-paris1.fr/feuilleter.php?ID_ARTICLE=PUF_COUME_2014_01_0062

Publié par Lutece, L’installation des Francs en Gaule [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.e-stoire.net/article-30323283.html

Lucien MUSSET, « FRANCS  », Encyclopædia Universalis [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/francs/

Fig. 1 :  Francisque du Vè-VIIè siècle sans douille. [en ligne]. Consulté le 7 avril 2015. URL :http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=TOUT&VALUE_98=francisque&NUMBER=156&GRP=0&REQ=%28%28francisque%29%20%3aTOUT%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=5&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=200&DOM=All

Fig. 2 : Scramasaxe de type proche du « Schmalsax » du VIè siècle.  [en ligne]. Consulté le 7 avril 2015. URL :http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=TOUT&VALUE_98=francisque&NUMBER=156&GRP=0&REQ=%28%28francisque%29%20%3aTOUT%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=5&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=200&DOM=All

Fig. 3 : Relief de la colonne trajane représentant  un affrontement entre la cavalerie romaine et des cavaliers sarmates. [en ligne]. Consulté le 7 avril 2015. URL : « Colonne trajane 1-29 » par Cassius Ahenobarbus — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons – URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Reliefs_de_la_colonne_Trajane#/media/File:Colonne_trajane_1-29.jpg

Le travail du métal chez les peuples barbares

     Nous allons dans cet article étudier les différentes techniques du travail du métal utilisées chez les peuples barbares. Nous verrons tout d’abord les techniques métallurgiques et deux types d’objets particuliers, puis les techniques d’orfèvrerie courantes.

Dans l’aire géographique qui nous intéresse, deux techniques métallurgiques majeures ont été employées ; la trempe, utilisée par les Gallo-Romains et bientôt abandonnée par les Francs et le recuit, technique principale utilisée pendant les grandes migrations. Le recuit vient de l’Altaï et du Caucase et s’est transmis chez les différents peuples aux cours de l’Antiquité tardive. Cette technique sera utilisée pendant toute la période du Haut Moyen Âge. Le minerai est placé dans une structure maçonnée, le « bas foyer » ou « four catalan ». On y mêle du charbon de bois dont la combustion est activée par un système de soufflerie. Le produit ferreux obtenu est un agglomérat de pâte et de scories. Afin de retirer les impuretés, le forgeron va utiliser le martelage à chaud prolongé. C’est-à-dire une succession de chauffes et de martelage lors de nouvelles carburations superficielles. On obtient alors un acier par recarburations successives du fer. L’artisan pouvait ainsi obtenir des nuances de dureté du métal. Les forgerons des peuples barbares utilisaient un métal doux, malléable, peu fragile et ajoutaient des morceaux d’acier plus durs pour les parties extérieures comme nous le verrons dans les exemples suivants. La trempe permet d’obtenir un résultat similaire mais de moins bonne qualité. La technique mise en place chez les peuples barbares permettait d’atteindre des qualités de métal assez proches de celles obtenues par la technique du creuset, alors présente uniquement dans les zones d’Extrême-Orient. L’acier obtenu est d’une meilleure qualité que le fer pur car il présente une solidité et une élasticité supérieure, en plus d’une faible température lors des phases de travail de la matière.

Cependant un des problèmes majeurs de cette production est sa faible rentabilité par rapport à la quantité de bois utilisée. En effet, la permanence d’une source de chaleur entraîne un besoin important de charbon et de bois. Cela entraîna le début du déboisement de certaines régions, principalement dans le nord de l’Europe.

Le minerai est présent dans la zone allant de la région rhénane et les Ardennes jusqu’au Massif Central. Les calcaires jurassiques sont riches en minerais d’oxyde de fer, ce qui entraîne une exploitation massive de ceux-ci dans ces régions depuis l’Âge du Fer.

La francisque, décrite ici, est formée d’un métal peu recarburé et donc plus souple. On y ajoute alors des petites parties de métal recarburé, plus solide. Cette incorporation est faite par rajouts successifs au martelage qui va écraser et lier les deux métaux d’après les recherches d’Édouard Salin. Le tranchant va donc être dur et peut facilement être aiguisé tandis que le cœur souple permet d’encaisser les chocs subis lors du lancer.

Coupe schématique situant les techniques de fabrication de la francisque et du scramasax

Fig. 1 : Coupe schématique situant les techniques de fabrication de la francisque et du scramasaxe

Le scramasaxe, expliqué ici, va subir un traitement différent et plus complexe. L’arme ne va pas être composé d’un cœur sur lequel on vient apposer du métal plus carburé mais de cinq zones métalliques alternées, deux de métal souple et trois de métal carburé à plus de reprise, plus proche d’un acier. Les deux zones externes vont ici aussi être carburées pendant le réchauffage du métal et le travail de forge. Le fil de la lame est particulièrement travaillé par une série de recuits et de forgeages, ce qui donne un aspect vermiculé. Ce travail précis a pour but de permettre à l’arme d’être aiguisée plus facilement et de ne pas s’user trop rapidement. La partie centrale dure est entourée par soudure de deux bandes de métal très doux permettant encore une fois de rendre l’arme plus élastique et de limiter les risques de casses. Ces zones « molles » étaient renforcées par un travail de cémentation. Ces techniques se rapprochent du damassage et seront également appliquées sur la plupart des épées franques, montant une avancée technique certaine de ces peuples, sans doute la conséquence d’une richesse des échanges entre les différentes cultures au cours de l’Antiquité tardive.

Enfin un autre aspect du travail du métal est celui effectué pour les plaques métalliques des parures retrouvées dans de nombreuses tombes. Les plaques de fer sont travaillées à partir d’une tôle de 4 à 6 mm d’épaisseur. Ces plaques sont martelées de façon répétitive à froid ou à chaud afin de permettre une solidité de l’ensemble. Les contours sont ensuite découpés afin d’obtenir une régularité des éléments et d’effacer les marques du martelage. Des mélanges de métaux sont décelés par l’étude des parures. La plaque intérieure est un acier doux laissé lisse et, par soudure, on rajoute un acier dur et plus fin qui portera le décor.

Ce décor fait appel à des techniques d’orfèvrerie dont certaines sont connues depuis la Protohistoire en Europe. (Pour approfondir sur l’orfèvrerie voir ici).

Pommeau d'épée avec placage d'argent © V. Brunet et J-J. Bigot, Inrap

Fig. 2 : Pommeau d’épée avec placage d’argent
© V. Brunet et J-J. Bigot, Inrap

Des feuilles d’argent peuvent être appliquées par placage. C’est-à-dire que l’orfèvre travaille au préalable le support de fer en y pratiquant des sillons puis il martèle des feuilles d’argent sur le support pour permettre l’adhérence des deux matériaux. La feuille d’argent peut également être appliquée par estampage, la feuille est alors mis en relief préalablement, souvent sur une matrice en bois. Puis elle est montée sur la plaque de fer et maintenu à celle-ci en enrobant les rebords de la plaque de métal avec les bords de la feuille d’argent.

Une autre méthode utilisée par les peuples barbares est l’incrustation. Cette technique demande encore une fois un travail préalable du support métallique, en y gravant des sillons. Ils permettent aux filets du métal de décoration d’adhérer de façon plus efficace. Le fil est battu à l’aide d’un poinçon fin pour bien pénétrer dans la plaque. Sur les éléments de grandes surfaces, des sillons sont juxtaposés et plusieurs fils sont battus jusqu’à se joindre. Cette incrustation nécessite un travail à froid et ne s’effectue qu’avec des opérations mécaniques. On finalise la plaque en la polissant et en la brunissant grâce au feu, ce qui permet aux incrustations de ressortir sur un fond sombre.

Enfin deux techniques de cette période n’ont pas été abordé ici bien qu’utilisé, principalement par les Francs.

Abeilles de Childéric Ier, un exemple de d'orfèvrerie cloisonné

Fig. 3 : Abeilles de Childéric Ier, un exemple de d’orfèvrerie cloisonné

La première est l’étamage qui d’après le travail d’E. Salin n’apparait qu’au VIe siècle comme le montre la plaque-boucle de Villey-Saint-Étienne qu’il a découvert. Et le cloisonné qui consiste à incruster des pierres précieuses tel que le grenat par un liant d’orfèvre (alliage de sable et de carbonate de soude).

Arthur Denis


Sources :

LAFAURIE Jean, Trouvailles de monnaies franques et mérovingiennes en Seine-Maritime (Ve-VIIIe siècles) [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/annor_0570-1600_1980_hos_12_1_3847

COUMERT Magali et DUMEZIL Bruno, Les royaumes barbares en occident [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://books.openedition.org/editionsehess/277?lang=fr

LOMBARD Maurice, Les grandes invasions et l’évolution des métallurgies (ve-viie siecles) [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.cairn.info.ezproxy.univ-paris1.fr/feuilleter.php?ID_ARTICLE=PUF_COUME_2014_01_0062

Fig. 1 : d’après E. Salin, Rhin et Orient : ii. Le fer à l’époque mérovingienne, Paris, 1943, fig. 8 [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://books.openedition.org/editionsehess/docannexe/image/277/img-6.jpg

Fig. 2 : Pommeau d’une épée travaillée à l’argent. © V. Brunet et J-J. Bigot, Inrap [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Ressources/Dossiers-multimedias/Chronologie/Chronologie-des-periodes-de-l-histoire-et-de-l-archeologie/p-12507-Fiches-chronologiques-version-texte-.htm?rub_id=7&periode_id=10

Fig. 3 : « Abeilles de Childéric Ier » par Romain0 — Bibliothèque nationale de France. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Abeilles_de_Child%C3%A9ric_Ier.jpg#/media/File:Abeilles_de_Child%C3%A9ric_Ier.jpg

L’art chez les peuples Anglo-saxons

  Dans cet article nous allons tenter d’aborder certaines expressions artistiques caractéristiques de la période des migrations barbares. Nous étudierons en particulier les formes d’arts des peuples ayant colonisé les îles britanniques. Nous présenterons un de ces célèbres artefacts, puis nous mettrons en avant une des principales problématiques liées à l’art anglo-saxon, la question de l’origine de la richesse artistique de la région du Kent.

Quand ils s’établissent sur les îles britanniques, les artisans anglo-­saxons se servent de modèles gallo­-romains. Ces modèles les inspirent tant pour les décors que pour les techniques de fabrication. Ils sont principalement des garnitures de ceintures en bronze du IVe siècle, issues des auxiliaires germaniques de l’armée romaine de Bretagne. En effet, ils vont s’intégrer aux migrants lorsque la domination romaine sur les îles va s’effondrer. Ces plaques-­boucles sont principalement moulées et présentent généralement des motifs géométriques (en entrelacs) et zoomorphes, animaux marins (dauphins) ou terrestre (chevaux par exemple).

Fig.1 : Fibule de Sarre. Licensed under CC BY-SA 4.0 via Wikipedia

Cette forme d’art va être définie par le chercheur scandinave Bernhard Salin en 1904 comme le style I qui perdura dans les îles Britanniques jusqu’à la fin du VIe siècle. Cet art est alors uniquement païen, les peuples Anglo-­saxons n’ayant pas encore été convertis. Les artefacts qui le composent sont majoritairement issues de sépultures. Dans le style I, les animaux sont présentés de façon particulière, les décors animaliers se rapprochent des entrelacs de l’Antiquité tardive évoqués dans l’ouvrage d’Henri­-Irénée Marrou Décadence romaine ou Antiquité tardive. Les animaux sont tordus, exagérés, les corps sont divisés et les différentes parties anatomiques se retrouvent dispersées sur l’œuvre. Ces corps fragmentés vont remplir l’ensemble de l’espace disponible dans la pièce d’art. Il est possible d’effectuer un rapprochement avec des œuvres d’art scandinaves de la même période. Ces décors moulés vont inspirer le « quoit­-brooch style« , dont la fibule de Sarre est le principal exemple. Il est donc possible de faire une nette distinction dans la stylisation des motifs zoomorphes entre ceux de la période romaine tardive, qui présentent des figures animales très naturalistes, et ceux de la période postérieure aux migrations des peuples Anglo-­saxons.

Cet art animalier n’est pas le seul à se développer, en effet de nouveaux types de fibules caractéristiques sont utilisés pour les parures féminines. Elles sont réalisées en bronze doré ou en argent avec la technique de la cire perdue. C’est en partie grâce à ces parures qu’il est possible pour les chercheurs de définir des variations régionales. Ces variations régionales peuvent avoir différentes causes comme nous le verrons plus loin. La majorité de ces objets sont des fibules ansées asymétriques qui s’inspirent des fibules cruciformes portées par les représentants de l’Empire romain.

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Fig.2 : « Saucer brooch » plaqué d’argent

Les fibules cruciformes angles sont souvent qualifiées de « baroques ». Elles présentent des contours mouvementés et une ornementation très riche. Tandis que les Saxons produisent des fibules en forme de coupelle (saucer brooches) montrant des motifs géométriques, exécutées en imitant la taille biseautée, ou de masques humains, recouvert de feuilles de métal travaillées au repoussé.

L’orfèvrerie cloisonnée est un autre élément important de l’art anglo­-saxon. Elle atteint au sein des îles britanniques un niveau technique très avancé. Cette technique vient des régions danubiennes. Il ne s’agit au début que d’un complément d’ornementations pour les fibules avant de se développer à de nombreux types d’objets. Ces derniers vont alors montrer des grenats et du verre coloré montés dans des cloisons de métal soudées.

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Fig.3 : Fibule carrée plaquée d’argent

Nous allons maintenant essayer de présenter rapidement un objet particulier de l’art anglo­-saxon. C’est une fibule trouvée dans une sépulture féminine sur l’île de Wight. Cette fibule est couverte de représentations stylisées de vingt­-quatre animaux ou bêtes mythiques. On n’y retrouve des têtes d’oiseaux, des masques humains ou bien des êtres hybrides. Certains de ces éléments apparaissent de façon claire, comme les faces sur les lobes circulaires situés au­dessous de la fibule. Cependant certaines formes ne s’appréhendent qu’avec une recherche plus avancée. Ainsi quand la fibule est mise à l’envers des profils de visages apparaissent, donnant une certaine ambiguïté à l’œuvre qui est un des marqueurs importants du style I. Il est nécessaire de déchiffrer les motifs présents afin d’acquérir une compréhension globale de l’œuvre. Ce style artistique pouvait également transmettre un message. Une fois les tous éléments décryptés, des messages pouvant être symboliques ou de véritables récits sont identifiés. Dans la forme en losange au bas de la fibule on voit un visage barbu et casqué situé sous deux oiseaux. Il semble représenter le dieu germanique Woden accompagné de ces corneilles. Une hypothèse majeure place la représentation divine avec ses animaux sacrés comme ayant le but d’offrir une protection au porteur de la fibule, à l’instar d’une amulette.

Enfin, il est intéressant d’examiner la région de Kent. En effet, elle présente une richesse archéologique unique et les pièces retrouvées dans cette zone sont d’un niveau technique bien plus élevé et précoce par rapport au reste de la Bretagne romaine. Ainsi la thèse de Nils Aberg définit les trouvailles d’objets de cette qualité comme la conséquence des différentes relations commerciales de l’époque. Cette qualité et ce décor particulier viendrait de nouveaux liens avec les peuples Franc et Frison situés le long de la mer du Nord et à l’embouchure du Rhin. Des liens étroits ont été mis en avant dans les siècles qui suivirent par les recherches d’E. T. Leeds entre les éléments de la tombe de Taplow dans le Kent et la région de Coblence et Dusseldorf. Ces liens sont marqués par des fibules rondes aux décors spiralés, cruciformes ou à bras égaux avec un pied zoomorphe. Dans notre région, ces fibules évolueront pour données des exemplaires à tête rectangulaire et à pied zhomboïdal qui se propageront dans l’ensemble des îles britanniques. Toutefois d’autres recherches travaillant sur la différence entre le Kent et les autres zones de migrations des îles britanniques, montrent qu’elle viendrait de la diversité de populations migrantes. Ainsi le Kent aurait été colonisé par des groupes Jutes, expliquant les importantes différences qualitatives du travail d’orfèvrerie par rapport aux autres régions, la richesse des éléments de parure (grenats, perles et saphirs) et un art steppique plus marqué dans les décors gravés.

L’art des îles britanniques durant le Ve et le VIe siècle est donc unique, tout en s’inspirant des arts germaniques, scandinaves, romains et celtiques. Il présente aussi les dernières formes d’art païen du nord­-ouest de l’Empire qui sera bientôt entièrement évangélisé, avec le développement du style II qui sera profondément religieux durant tout le Haut Moyen Âge.

Arthur Denis


Sources :

Boundless. “Britain: The Celts and the Anglo­Saxons.”Boundless Art History [en ligne]. Mise à jour le 14 novembre 2014. Consulté le 06 avril 2015. URL : https://www.boundless.com/art-history/textbooks/boundless­art­history­textbook/early­medieval­europe­18/barbarian­art­118/britain­the­celts­and­the­anglo­saxons­514­11010/

Rosie WEETCH, « Decoding Anglo­Saxon art », British Museum [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://blog.britishmuseum.org/2014/05/28/decoding­anglo­saxon­art/

Patrick PÉRIN, « ANGLO­SAXON ART », Encyclopædia Universalis [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.universalis­edu.com/encyclopedie/art­anglo­saxon/

Les techniques de l’orfèvrerie, Les techniques antiques : Le cloisonné [en ligne]. Consulté le 16 avril 2015. URL : https://techniquesorfevrerie.wordpress.com/2015/03/25/les­techniques­antiques-le­cloisonne/

Fig.1 : « Sarre BroochDSCF9233 » de Johnbod. Licensed under CC BY-SA 4.0 via Wikipedia. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://en.wikipedia.org/wiki/File:Sarre_BroochDSCF9233.JPG#/media/File:Sarre_BroochDSCF9233.JPG

Fig.2 : Silver-gilt saucer brooch, British Museum [en ligne] . Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.britishmuseum.org/explore/highlights/highlight_objects/pe_mla/s/silver-gilt_saucer_brooch.aspx

Fig.3 : Craig Williams, Blog du British Museum. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://britishmuseumblog.files.wordpress.com/2014/05/fig_1_9601.jpg?w=544&h=456

Le limes romain germanique

Carte du limes germanique

Carte du limes germanique Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

   Le limes romain constitue la frontière de l’Empire. Il s’étendait alors sur 5 000 km depuis la côte atlantique au nord de la Grande-Bretagne, traversant l’Europe jusqu’à la mer Noire, de là, il s’étendait encore jusqu’à la mer Rouge et l’Afrique du Nord, avant de revenir à la côte atlantique. Cependant dans cet article nous nous pencherons uniquement sur le limes de l’Europe continentale, longeant le Rhin puis le Danube. Les fouilles ont permis de dégager de nombreux vestiges des éléments qui bordaient cette frontière, tandis que d’autres parties sont, pour leur part, restées en place. Les zones forestières des massifs du Westerwald et du Taunus présentent les murs et fossés les mieux conservés. Les deux tronçons du limes en Allemagne couvrent une distance de 550 km depuis le nord-ouest de l’Allemagne jusqu’au Danube au sud-est du pays, c’est le monument romain le plus important en Europe. Il courait le long des Germanies et de la Rhétie. Le cordon de protection que représente le limes s’appuie sur des éléments naturels (le Rhin et le Danube par exemple), et sur des constructions romaines, on compte 150 forts et 900 tours de guet. Tours de guet qui semblent en général être souvent entourées d’un ou plusieurs fossés (les palissades sont moins attestées). Lorsqu’il ne suit pas des éléments topographiques stratégiques, le limes traverse souvent en ligne droite les forêts et les champs.

En 74 après J.-C., l’empereur Vespasien fit tracer une nouvelle route de Strasbourg à Tuttlingen, sur le Danube. Les territoires gagnés par les Romains sur la rive droite du Rhin reçurent le nom de Champs Décumates (Agri decumates), à peu près le triangle Coblence-Regensburg-Bâle.

Afin de faciliter les communications terrestres entre les parties occidentales et orientales de l’Empire et d’éliminer les risques d’invasions en Gaule, les empereurs des dynasties des Flaviens et des Antonins vont renforcer les positions romaines dans les Champs Décumates. Le point faible de la frontière devient ainsi le point fort du limes romain. Une nouvelle population, d’origine gauloise, fut installée dans des colonies agricoles et militaires, indépendantes des cités, contrairement à la règle générale. Elles furent abandonnées à la fin du IIIe siècle par manque d’effectifs.

Hadrien prolongea vers l’est, au nord du Main, la ligne des forts. De plus, les Romains construisirent une palissade ininterrompue en pieux de bois pointus destinée à protéger le chemin et les tours de guet du limes. Antonin fit porter en avant la ligne de défense au sud du Main. Néanmoins une fortification de cette longueur n’est efficace qu’en cas de stabilité dans les territoires barbares. Or, après 160, suite aux migrations des Goths, attestées par des textes romains, de la mer Baltique à la mer Noire, le monde barbare connaît de nombreuses transformations. Cela entraîne des destructions dans les campagnes et villes gauloises. Au cours de la seconde moitié du IIe siècle, des tours en pierres sont érigées en remplacement des tours en bois. De plus, les romains entreprennent d’installer les entrées de ces tours au premier étage, afin de renforcer le principe défensif de celles-ci. Ce système perdura pendant toute la période médiévale.

A la fin du IIe et au début du IIIe siècle, les Romains aménagèrent en plus, entre la palissade (vallum) et le chemin, un fossé (fossa) doublé d’un remblai (agger). Il semble qu’en Rhétie (Bavière), la pression exercée par les peuples germaniques était plus forte qu’en Germanie supérieure. En effet, les traces archéologiques montrent que la palissade est remplacée par un mur de pierre reliant tours et forts entre eux.

Reconstitution du fort de Saarburg

Fig. 2 : Reconstitution du fort de Saarburg CC BY-SA 3.0 de via Wikimedia Commons

Regardons de plus près un exemple concret de la recherche archéologique qui a permis d’établir une politique efficace de médiation culturelle, le camp de la Saalburg. Il fut reconstruit entre 1897 et 1907 sur d’anciennes fondations romaines, et est aujourd’hui ouvert aux visites.

L’emplacement est d’abord occupé par un premier fortin de bois, édifié pendant la guerre menée par l’empereur Domitien contre la tribu germanique des Chattes, en 83 apr. J-C. Ce fortin pouvait accueillir une garnison d’environ 150 soldats. Un second camp est mis en place vers 135 par l’empereur Hadrien. Sa superficie est 6 fois plus grande que le premier et s’inscrit dans sa volonté d’établir un limes défensif renforcé. Ce désir politique continuera sous ces successeurs et entre 160 et 190, le rempart en bois et pierre fut remplacé par une enceinte maçonné. Le camp actuel voudrait être la reconstitution aussi fidèle que possible de cette dernière construction. C’est pour cela que le fortin de Saalburg possède une enceinte rectangulaire aux coins arrondis, en effet il s’agit de la forme classique des camps militaires romains. Quatre portes sont édifiées en suivant les cardo et decumanus maximus du camp, chacune située au centre d’un des côtés. Ces portes sont défendues par deux tours rectangulaires de chaque côté. L’entrée principale fait face au sud, c’est-à-dire à l’opposé du limes. On la nomme porte prétorienne. Lors de la fouille du site, des blocs de pierres ont été identifiés comme appartenant au crénelage des murs d’enceinte du camp. Lors de la reconstitution du fortin seul deux baraques en bois ont été installées mais le camp n’était presque que constitué de bâtiments de ce type afin de pouvoir accueillir une centurie entière. Le camp comprenait également un dépôt de bagage, des réserves et le logement du centurion, qui lui était en dur.

Les Chattes font une nouvelle incursion en 162. Marc Aurèle va alors guerroyer pendant 14 ans sur le Rhin et le Danube (166-180). La pression des peuples germaniques augmentant il devient nécessaire d’installer des défenses vers l’intérieur des terres et de créer des points d’appui pour les troupes romaines dans les terres. Pendant la période d’anarchie militaire que va connaitre l’empire romain pendant le IIIe siècle, l’empire des Gaules (258-268) va chercher à assurer la défense du limes : Postumus installe sa capitale à Trèves. Francs et Alamans traversent le limes et prennent position en Gaule, les invasions de cette période sont plus des pillages aventureux que de vrais mouvements de population avec un désir de s’établir comme nous le verrons au IVe siècle. Après sa prise de pouvoir, Dioclétien réorganise la frontière et installe un césar, Constance Chlore, à Trèves. Dioclétien réforme aussi l’armée, il recrute parmi les paysans et les barbares. C’est aussi à cette période que le nombre de légions est multiplié par deux et que leur effectif est réduit et fixé à 1000 hommes. Constantin met en place la disposition tactique particulière des limitanei, souvent barbares. Ils étaient stationnés dans les forts et fortins du limes. Les meilleures troupes, comitatenses et palatini formaient une force armée d’intervention. Elles stationnaient à une certaine distance du limes.

En 355, les Alamans passent à nouveau le Rhin. Julien parvient à les vaincre à Strasbourg en 357, toutefois, dans les régions d’Alsace et de Lorraine, l’archéologie montre qu’aucune villa ne devait être reconstruite. La dernière opération outre-Rhin a lieu en 378, et en 381 la cour de Trèves est transférée à Milan. La phase de construction de monuments impériaux à Trèves prend donc fin. En 395 le siège de la préfecture des Gaules passe de Trèves à Arles, ce qui introduit définitivement à l’intérieur de la Gaule les tribus barbares jusqu’alors difficilement contenues en dehors des frontières. Après l’invasion des Huns de 376 le limes a déjà presque perdu tout intérêt militaire, et de grandes migrations vont suivre. Enfin à partir de 455, il n’y a plus aucune défense organisée le long du limes.

Arthur Denis


Site Institutionnel, conclusion des évaluations des Oranisations consultatives. Consulté le 26 mars 2015, URL:http://whc.unesco.org/fr/list/430/,

André Dubail, Consulté le 26 mars 2015, URL:http://www.crdp-strasbourg.fr/main2/albums/limes/dossier_fr.pdf

Office du tourisme allemand, Consulté le 26 mars 2015, URL:http://www.germany.travel/fr/villes-et-culture/patrimoine-mondial-de-lunesco/les-frontieres-de-lempire-romain-le-limes-de-germanie-superieure-et-de-rhetie.html

Raymond CHEVALLIER, « GERMANIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 mars 2015. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/germanie/

Paul PETIT, « CONSTANTIN LE GRAND (285 env.-337) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 mars 2015. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/constantin-le-grand/

Jean-Paul DEMOULE, Jean-Jacques HATT, « GAULE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 mars 2015. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/gaule/

Olivier COLLOMB, « DÉCUMATES CHAMPS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 mars 2015. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/champs-decumates/

Fig. 1 : Voir le descriptif de l’image dans le flickr du blog : https://www.flickr.com/photos/129977164@N07/16317674384/in/photostream/

Fig. 2 : WEINANDT Holger (2009), Saalburg-Haupteingang [en ligne]. Consulté le 26 mars 2015. URL : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/95/Saalburg_-_Haupteingang_2009.jpg