Le travail du métal chez les peuples barbares

     Nous allons dans cet article étudier les différentes techniques du travail du métal utilisées chez les peuples barbares. Nous verrons tout d’abord les techniques métallurgiques et deux types d’objets particuliers, puis les techniques d’orfèvrerie courantes.

Dans l’aire géographique qui nous intéresse, deux techniques métallurgiques majeures ont été employées ; la trempe, utilisée par les Gallo-Romains et bientôt abandonnée par les Francs et le recuit, technique principale utilisée pendant les grandes migrations. Le recuit vient de l’Altaï et du Caucase et s’est transmis chez les différents peuples aux cours de l’Antiquité tardive. Cette technique sera utilisée pendant toute la période du Haut Moyen Âge. Le minerai est placé dans une structure maçonnée, le « bas foyer » ou « four catalan ». On y mêle du charbon de bois dont la combustion est activée par un système de soufflerie. Le produit ferreux obtenu est un agglomérat de pâte et de scories. Afin de retirer les impuretés, le forgeron va utiliser le martelage à chaud prolongé. C’est-à-dire une succession de chauffes et de martelage lors de nouvelles carburations superficielles. On obtient alors un acier par recarburations successives du fer. L’artisan pouvait ainsi obtenir des nuances de dureté du métal. Les forgerons des peuples barbares utilisaient un métal doux, malléable, peu fragile et ajoutaient des morceaux d’acier plus durs pour les parties extérieures comme nous le verrons dans les exemples suivants. La trempe permet d’obtenir un résultat similaire mais de moins bonne qualité. La technique mise en place chez les peuples barbares permettait d’atteindre des qualités de métal assez proches de celles obtenues par la technique du creuset, alors présente uniquement dans les zones d’Extrême-Orient. L’acier obtenu est d’une meilleure qualité que le fer pur car il présente une solidité et une élasticité supérieure, en plus d’une faible température lors des phases de travail de la matière.

Cependant un des problèmes majeurs de cette production est sa faible rentabilité par rapport à la quantité de bois utilisée. En effet, la permanence d’une source de chaleur entraîne un besoin important de charbon et de bois. Cela entraîna le début du déboisement de certaines régions, principalement dans le nord de l’Europe.

Le minerai est présent dans la zone allant de la région rhénane et les Ardennes jusqu’au Massif Central. Les calcaires jurassiques sont riches en minerais d’oxyde de fer, ce qui entraîne une exploitation massive de ceux-ci dans ces régions depuis l’Âge du Fer.

La francisque, décrite ici, est formée d’un métal peu recarburé et donc plus souple. On y ajoute alors des petites parties de métal recarburé, plus solide. Cette incorporation est faite par rajouts successifs au martelage qui va écraser et lier les deux métaux d’après les recherches d’Édouard Salin. Le tranchant va donc être dur et peut facilement être aiguisé tandis que le cœur souple permet d’encaisser les chocs subis lors du lancer.

Coupe schématique situant les techniques de fabrication de la francisque et du scramasax

Fig. 1 : Coupe schématique situant les techniques de fabrication de la francisque et du scramasaxe

Le scramasaxe, expliqué ici, va subir un traitement différent et plus complexe. L’arme ne va pas être composé d’un cœur sur lequel on vient apposer du métal plus carburé mais de cinq zones métalliques alternées, deux de métal souple et trois de métal carburé à plus de reprise, plus proche d’un acier. Les deux zones externes vont ici aussi être carburées pendant le réchauffage du métal et le travail de forge. Le fil de la lame est particulièrement travaillé par une série de recuits et de forgeages, ce qui donne un aspect vermiculé. Ce travail précis a pour but de permettre à l’arme d’être aiguisée plus facilement et de ne pas s’user trop rapidement. La partie centrale dure est entourée par soudure de deux bandes de métal très doux permettant encore une fois de rendre l’arme plus élastique et de limiter les risques de casses. Ces zones « molles » étaient renforcées par un travail de cémentation. Ces techniques se rapprochent du damassage et seront également appliquées sur la plupart des épées franques, montant une avancée technique certaine de ces peuples, sans doute la conséquence d’une richesse des échanges entre les différentes cultures au cours de l’Antiquité tardive.

Enfin un autre aspect du travail du métal est celui effectué pour les plaques métalliques des parures retrouvées dans de nombreuses tombes. Les plaques de fer sont travaillées à partir d’une tôle de 4 à 6 mm d’épaisseur. Ces plaques sont martelées de façon répétitive à froid ou à chaud afin de permettre une solidité de l’ensemble. Les contours sont ensuite découpés afin d’obtenir une régularité des éléments et d’effacer les marques du martelage. Des mélanges de métaux sont décelés par l’étude des parures. La plaque intérieure est un acier doux laissé lisse et, par soudure, on rajoute un acier dur et plus fin qui portera le décor.

Ce décor fait appel à des techniques d’orfèvrerie dont certaines sont connues depuis la Protohistoire en Europe. (Pour approfondir sur l’orfèvrerie voir ici).

Pommeau d'épée avec placage d'argent © V. Brunet et J-J. Bigot, Inrap

Fig. 2 : Pommeau d’épée avec placage d’argent
© V. Brunet et J-J. Bigot, Inrap

Des feuilles d’argent peuvent être appliquées par placage. C’est-à-dire que l’orfèvre travaille au préalable le support de fer en y pratiquant des sillons puis il martèle des feuilles d’argent sur le support pour permettre l’adhérence des deux matériaux. La feuille d’argent peut également être appliquée par estampage, la feuille est alors mis en relief préalablement, souvent sur une matrice en bois. Puis elle est montée sur la plaque de fer et maintenu à celle-ci en enrobant les rebords de la plaque de métal avec les bords de la feuille d’argent.

Une autre méthode utilisée par les peuples barbares est l’incrustation. Cette technique demande encore une fois un travail préalable du support métallique, en y gravant des sillons. Ils permettent aux filets du métal de décoration d’adhérer de façon plus efficace. Le fil est battu à l’aide d’un poinçon fin pour bien pénétrer dans la plaque. Sur les éléments de grandes surfaces, des sillons sont juxtaposés et plusieurs fils sont battus jusqu’à se joindre. Cette incrustation nécessite un travail à froid et ne s’effectue qu’avec des opérations mécaniques. On finalise la plaque en la polissant et en la brunissant grâce au feu, ce qui permet aux incrustations de ressortir sur un fond sombre.

Enfin deux techniques de cette période n’ont pas été abordé ici bien qu’utilisé, principalement par les Francs.

Abeilles de Childéric Ier, un exemple de d'orfèvrerie cloisonné

Fig. 3 : Abeilles de Childéric Ier, un exemple de d’orfèvrerie cloisonné

La première est l’étamage qui d’après le travail d’E. Salin n’apparait qu’au VIe siècle comme le montre la plaque-boucle de Villey-Saint-Étienne qu’il a découvert. Et le cloisonné qui consiste à incruster des pierres précieuses tel que le grenat par un liant d’orfèvre (alliage de sable et de carbonate de soude).

Arthur Denis


Sources :

LAFAURIE Jean, Trouvailles de monnaies franques et mérovingiennes en Seine-Maritime (Ve-VIIIe siècles) [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/annor_0570-1600_1980_hos_12_1_3847

COUMERT Magali et DUMEZIL Bruno, Les royaumes barbares en occident [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://books.openedition.org/editionsehess/277?lang=fr

LOMBARD Maurice, Les grandes invasions et l’évolution des métallurgies (ve-viie siecles) [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.cairn.info.ezproxy.univ-paris1.fr/feuilleter.php?ID_ARTICLE=PUF_COUME_2014_01_0062

Fig. 1 : d’après E. Salin, Rhin et Orient : ii. Le fer à l’époque mérovingienne, Paris, 1943, fig. 8 [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://books.openedition.org/editionsehess/docannexe/image/277/img-6.jpg

Fig. 2 : Pommeau d’une épée travaillée à l’argent. © V. Brunet et J-J. Bigot, Inrap [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Ressources/Dossiers-multimedias/Chronologie/Chronologie-des-periodes-de-l-histoire-et-de-l-archeologie/p-12507-Fiches-chronologiques-version-texte-.htm?rub_id=7&periode_id=10

Fig. 3 : « Abeilles de Childéric Ier » par Romain0 — Bibliothèque nationale de France. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons [en ligne]. Consulté le 6 avril 2015. URL : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Abeilles_de_Child%C3%A9ric_Ier.jpg#/media/File:Abeilles_de_Child%C3%A9ric_Ier.jpg

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