Les éléments de parure wisigoths en Hispania aux Ve et VIe siècles

       Parlons maintenant de certains équipements retrouvés en fouille qui nous ont permis d’attester de l’arrivée des les Wisigoths dans la péninsule ibérique au cours du Ve siècle. Nous regarderons plus particulièrement les éléments de parures qui nous sont parvenus et qui sont datés de cette période. Il est important de comprendre que ces objets sont difficiles à interpréter et à identifier lorsqu’ils sont retrouvés au sein de l’Empire romain. En effet, la population germanique est assez minoritaire en termes de nombre. De plus, durant la période où les Wisigoths coexistent avec les Romains – entendons par ce terme les habitants de l’Empire –, ils font partie d’une classe de militaires, ne participant donc pas aux activités artisanales et s’approvisionnant au prêt des artisans romains. Cependant, les archéologues ont pu mettre un certain nombre d’éléments de parure au jour qui pourraient attester de l’installation de ce peuple germanique dans l’Empire romain, en Hispania. Les exemples utilisés seront surtout issus de nécropoles situées au centre de la péninsule ibérique.

Fig. 1 : Fibules hispano-wisigothiques, Tierra de Barros Estremadura. Walters Gallery, Baltimore.

Fig. 1 : Fibules hispano-wisigothiques, Tierra de Barros Estremadura. Walters Gallery, Baltimore.

Les premiers éléments très présents sont les fibules car la quasi-totalité des peuples à cette époque, si ce n’est tous, y avaient recours, de plus ce sont des éléments souvent mixtes, même si en l’occurrence, elles font parties du « costume national gothique » (Kazanski, 1991, p. 98). La découverte d’un grand nombre de fibules wisigothiques au cœur de l’Espagne dans des sites de nécropoles comme Duranton (660 tombes), Castiltierra ou Madrona, a été très importante pour les connaissances archéologiques de ce peuple et attester la présence wisigothique. Ces fibules ont une tête semi-circulaire et un pied plus ou moins en losange, elles sont dites de types « Smolin » et étaient portées par paire. Bien que certains émettent des doutes sur l’attribution de ce type de fibule aux Wisigoths exclusivement, elles marquent tout de même une présence de la mode danubienne au sein de la péninsule ibérique, et en corrélation avec les textes antiques, il ne fait aucun doute qu’en ces lieux, ces fibules appartenaient au peuple wisigoth, présent en Hispania dès le Ve siècle de notre ère.

Fig. 2 : Plaque-boucle wisigothique en bronze cloisonnée (verre clair et ambré), Europe du sud-ouest, Ve - VIe s. apr. J.-C.

Fig. 2 : Plaque-boucle wisigothique en bronze cloisonnée (verre clair et ambré), Europe du sud-ouest, Ve – VIe s. apr. J.-C.

Les plaques-boucles sont, elles aussi, assez représentées dans les artefacts archéologiques retrouvés en Espagne actuelle. Grandes et rectangulaires, elles appartiennent elles aussi à ce que Michel Kazanski appelle le costume national des peuples goths. Selon G.G. Koenig, ces plaques-boucles possèdent soit un ardillon très recourbé à l’extrémité ou alors une plaque losangé et seraient ainsi caractéristiques de la mode danubienne du Ve-VIe siècle. Malgré cette certaine standardisation de forme des plaques-boucles, on retrouve une diversité de décor assez importante, avec des gravures, des incisions ou encore l’incorporation d’autres matières dans le bronze d’origine grâce à la technique du cloisonnement (verre de couleur, pierres semi-précieuses). Parmi les exemples de plaques-boucles retrouvées in situ les plus connues, il est très intéressant de regarder celle de la tombe wisigothique d’Aguilafuente qui provient de la tombe d’une femme datée du VIe siècle, puisqu’elle a été retrouvée accompagnée des éléments caractéristiques du costume féminin à la mode danubienne, dont deux fibules (cf. supra) et de plusieurs bijoux.

Ces bijoux seront les derniers éléments de parure desquels nous parlerons dans cet article. Ils font l’objet de moins d’études que les autres artefacts présentés, tout simplement car ils sont moins fréquents et qu’ils ne sont pas obligatoirement des indicateurs précis et sûrs d’un peuple. En effet, les bijoux ont été les premiers touchés lors du phénomène d’acculturation entre les Wisigoths et les Romains et les échanges allant bons trains, les bijoux peuvent parfois ne pas être dus à une présence wisigothique. On trouve généralement des bracelets de différents métaux, des colliers de perles et des boucles d’oreille dont certaines ont des pendants polyédriques incrustés de verre de couleur. Tous ces bijoux ont été attestés dans les sépultures du centre de l’Hispania, dont la nécropole de Madrona présentant un panel assez varié de ces éléments de parure.

Fig. 3 : Vestiges d'une sépulture wisigothique en Hispania

Fig. 3 : Vestiges d’une sépulture wisigothique en Hispania

Tous ces propos tendent à être nuancés voire contredites par certains chercheurs. En effet, ces derniers amène la thèse selon laquelle il faudrait « nier toute possibilité de caractérisation d’un groupe ethnique à partir d’objets funéraires (La Rocca, 1989 ; Kulikowski, 2004) » (Ripoll et Carrero, 2009), cependant cette idée n’est pas suivi par la majorité des archéologues. Le deuxième phénomène qui demande à nuancer l’attribution des vestiges énoncés aux Wisigoths est double, d’une part leur acculturation avec les Romains peut semer le doute quant à l’attribution des sépultures aux uns ou aux autres et d’autre part, le fait que les Wisigoths n’aient laissé pratiquement aucun vestige en Gaule Aquitaine un siècle avant, alors qu’ici, en Hispania, on retrouverait une quantité assez extraordinaire d’objets wisigoths. Cependant, nier la présence de Goths sur la péninsule ibérique, serait aussi faire preuve d’une fermeture d’esprit, puisque les sources écrites antiques la mentionnent clairement. Les témoins archéologiques fournissent par ailleurs une fiabilité à ces sources qui à l’état actuel de la recherche sont indéniables.

Paul Bacoup


Sources :

KANZANSKI Michel, Les Goths (Ier-VIIe après J.-C.), Paris, Errance, 1992

RIPOLL Gisela et CARRERO Eduardo (2009), « Art wisigoth en Hispania : en quête d’une révision nécessaire », Perspective [en ligne], mis en ligne le 08 juin 2013. Consulté le 10 février 2015. URL : http://perspective.revues.org/1381

Lurio Addl (2014), Les arts Wisigothiques en Septimanie [en ligne]. Consulté le 9 février 2015. URL : http://www.lurioaddl.com/Pages/ArtsWisigothiques.aspx

Fig. 1 : Lurio Addl (2014), Les arts Wisigothiques en Septimanie [en ligne]. Consulté le 03 avril 2015. URL : http://www.lurioaddl.com/Pages/ArtsWisigothiques.aspx

Fig. 2 : Antiqueo.com, Haut Moyen-Age – Antiquité Tardive, 400 – 900 ap.J.C. – Plaque-Boucle Wisigothique Cloisonnée [en ligne]. Consulté le 01 avril 2015. URL : http://antiqueo.com/fr/artefacts/hautmoyenage/plaque-boucle_wisigothique_cloisonnee.html

Fig. 3 : Eger Christoph (2005), « Westgotische Gräberfelder auf der Iberischen Halbinsel als historische Quelle : Probleme der ethnischen Deutung », dans Cum grano salis, pp. 165-181. [en ligne]. Consulté le 10 février 2015. URL: https://www.academia.edu/1076036/Westgotische_Gr%C3%A4berfelder_auf_der_Iberischen_Halbinsel_als_historische_Quelle._Probleme_der_ethnischen_Deutung

Publicités

Un commentaire sur « Les éléments de parure wisigoths en Hispania aux Ve et VIe siècles »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s